Lutte contre la pauvreté et l’exclusion : une question d’audace politique

Le gouvernement du Québec doit déposer sous peu son troisième plan de lutte pour combattre la pauvreté et l'exclusion sociale1.

Pour la CSQ, c’était là une occasion à ne pas rater afin de faire valoir ses pistes de solution. En tête de liste : l’éducation et la hausse des revenus pour les personnes les plus pauvres.

Agir dès la petite enfance

La meilleure arme contre la pauvreté est sans conteste l’éducation. L’importance d’agir tôt, avant même l’entrée à l’école, a été maintes fois démontrée, particulièrement pour les élèves issus des milieux défavorisés. La qualité des services offerts dans le réseau public des services de garde éducatifs à la petite enfance contribue au développement des tout-petits et les prépare adéquatement pour l’école.

Dans son mémoire2 présenté au ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, la CSQ a fortement recommandé que le développement de ce réseau soit assuré. Et, puisque les familles démunies sont souvent incapables de s’offrir les services de garde à contribution réduite, la CSQ a insisté sur l’importance de rehausser l’offre de maternelle quatre ans à temps plein dans les milieux défavorisés.

Poursuivre la lutte contre le décrochage et l’analphabétisme

Autre élément incontournable : la lutte contre le décrochage. La CSQ a insisté sur l’importance que le gouvernement se dote d’une véritable politique intégrée sur la persévérance scolaire et la réussite éducative pour contrer ce fléau, et de faire de l’éducation une priorité nationale en garantissant à tous les élèves des chances égales de réussite. Par ailleurs, déplorant le taux élevé d’analphabétisme (19 %) au Québec, elle a aussi réclamé que le budget consacré à cet enjeu soit augmenté de manière à permettre aux personnes touchées, qu’elles soient au travail ou en quête d’emploi, de recevoir une formation.

La formation continue aux adultes, un rouage essentiel

Puisque le marché du travail exige l’acquisition constante de nouvelles connaissances et habiletés, la formation continue aux adultes est incontournable. Or, le budget actuellement octroyé aux commissions scolaires ne permet que l’inscription de 3 000 personnes par année, comparativement à 75 000 à l’université. Dans ce contexte, il est essentiel d’augmenter l’offre de formation continue pour les adultes.

Des prestations d’aide sociale plus généreuses

Avec 623 $ par mois, une personne seule sur l’aide sociale réussit à combler seulement 50 % de ses besoins de base (logement, nourriture, vêtements). Malgré un montant de prestation plus élevé, une famille monoparentale ne peut couvrir que 80 % de ses besoins de base. En mode survie, ces personnes sont incapables de se consacrer à la recherche d’un emploi ou à l’acquisition d’une formation. Les prestations d’aide sociale doivent donc être bonifiées pour combler 100 % des besoins de base.

Le salaire minimum à 15 $ l’heure

Selon Statistique Canada, le seuil de faible revenu se situe à 25 000 $ pour une personne seule vivant dans une ville d’au moins 500 000 habitants. Or, le revenu annuel d’une personne travaillant à temps plein (35 heures par semaine) au salaire minimum s’élève actuellement à 19 200 $. Pour la CSQ, il ne fait aucun doute : le salaire minimum doit passer à 15 $ l’heure, ce qui permettrait de toucher un salaire de 26 250 $.

Il est à noter que la Californie vient tout juste d’adopter un tel salaire minimum, et l’État de New York est sur le point d’en faire tout autant. Au Canada, un syndicat de la Colombie-Britannique a démarré une campagne. Il est temps d’emboîter le pas ici, au Québec!

L’intégration en emploi, une autre clé importante

Des programmes existent actuellement pour aider les personnes immigrantes, les autochtones, les femmes, les travailleurs âgés et les bénéficiaires de l’aide sociale à trouver et conserver un emploi. Or, les approches utilisées sont les mêmes, peu importe le groupe concerné, ce qui est totalement dénué de sens. Pensons, par exemple, aux problèmes liés à la reconnaissance des acquis et à la francisation des personnes immigrantes, et au manque criant de formation des autochtones. La CSQ a insisté sur l’importance d’assurer des interventions différenciées pour aider ces personnes à trouver un emploi.

S’appuyant sur des données révélant que près de 50 % des Québécoises et Québécois3 ont une opinion négative des personnes sur l’aide sociale, la CSQ a aussi insisté sur l’importance de lancer une campagne pour lutter contre les préjugés, qui nuisent à l’obtention d’un emploi.

Par ailleurs, l’intégration en emploi implique aussi la valorisation du travail. Or, la dégradation des conditions de travail dans de nombreux pays, dont le Canada et le Québec, peut conduire à la pauvreté. Il est temps de freiner la précarisation des emplois.

Des services publics pour combattre la pauvreté

La capacité des personnes pauvres à obtenir des services publics de qualité constitue une autre voie de sortie de la pauvreté. Or, il a été démontré que les compressions des dernières années touchent particulièrement les plus vulnérables. Ainsi, un plan de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale passe obligatoirement par la fin des compressions, mais aussi par un réinvestissement massif dans les services publics grâce, notamment, à la fiscalité.

L’audace de mettre fin à la pauvreté

Le Québec a adopté, en 2002, une loi avant-gardiste pour lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale. Les pistes de solutions proposées par la CSQ requièrent que nos élus fassent à nouveau preuve d’une telle audace politique, en mettant en place les leviers nécessaires à l’élimination de la pauvreté au Québec.


1 La Loi visant à lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale adoptée en 2002 au Québec oblige le gouvernement à se doter d’un tel plan d’action.
2 CENTRALE DES SYNDICATS DU QUÉBEC (2016). La solidarité et l’éducation comme remèdes aux inégalités et à l’exclusion sociales, [En ligne] (février), 33 p., D12777. [lacsq.org/fileadmin/user_upload/csq/documents/documentation/avis_memoires/2015-2016/D12777.pdf].
3 MANUGUERRA-GAGNÉ, Renaud (2016). « Les Québécois sont plus durs avec les pauvres », La Presse, [En ligne] (14 janvier). [lapresse.ca/actualites/201601/14/01-4939794-les-quebecois-sont-plus-durs-avec-les-pauvres.php].


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