100 000 cœurs brisés

Multiplication des sit-in spontanés dans plusieurs urgences et publication de témoignages crève-cœur dans les médias sociaux. Le mur du silence s’effondre.

La parole se libère, et la détresse inégalée des travailleuses et travailleurs de la santé est dévoilée au grand jour, dans toute son ampleur. Leur cri d’alarme lève le voile sur les graves dysfonctionnements du réseau. Et leur appel a été entendu! La population québécoise s’est massivement rangée derrière le personnel de la santé. Le gouvernement ne peut plus se réfugier dans le déni.

Palpable depuis plusieurs mois, la tension dans le réseau s’est transformée en une situation explosive en janvier dernier.

« Nous le disons depuis plusieurs mois, les conditions de travail dans le réseau de la santé sont inhumaines. Le ministre Barrette réclame au personnel plus de disponibilité, de mobilité et de flexibilité, sans aucun égard aux conséquences sur sa vie professionnelle, personnelle et sa santé. Cette gestion insensible et insensée entraine désespoir et épuisement généralisé. Une situation inacceptable qui compromet aussi la qualité et la sécurité des soins. Cela doit cesser! », dénonce Claire Montour1.

Claire Montour

Le cœur brisé : un symbole fort

En appui au personnel de la santé, la Fédération de la Santé du Québec (FSQ-CSQ) et la CSQ invitent la population à porter le cœur brisé, un symbole visant à exprimer sa solidarité envers les travailleuses et travailleurs du réseau, mais également à envoyer un message très clair au gouvernement.

« Le ministre doit cesser d’improviser et de gérer les crises à la pièce. Il doit respecter le personnel en lui donnant des conditions de travail décentes. Le gouvernement Couillard doit, quant à lui, mettre fin aux compressions budgétaires irresponsables et réinvestir pour assurer des équipes de soins stables et en nombre suffisant. Il en va de la sécurité des soins », déclare la syndicaliste.

Un écho retentissant

La campagne Cœur brisé, lancée à la mi-février, suscite un immense intérêt. En moins de six semaines, près de 100 000 cœurs à épingler ont été distribués à la grandeur du Québec. Des travailleuses et travailleurs de toute allégeance syndicale et de multiples secteurs d’activités ont emboité le pas. Des demandes ont même été reçues de la France et des États-Unis. Des milliers de citoyennes et citoyens témoignent quotidiennement de leur soutien. Et l’écho du cœur brisé continue de se faire entendre.

« Le gouvernement ne peut plus se réfugier dans le déni. »

Un mouvement qui prend de l’ampleur

Ce vaste mouvement de libération de la parole et de réappropriation de notre pouvoir dans nos milieux de travail prend constamment de l’ampleur. Les initiatives qui ont cours visent, chacune à leur façon, à dénoncer la détérioration des conditions de travail, et ses répercussions sur la qualité et la sécurité des soins. Parmi elles, mentionnons :

  • La publication de lettres ouvertes;
  • Le dépôt de signalements de maltraitance organisationnelle aux commissaires locaux aux plaintes et à la qualité des services par les syndicats de la FSQ-CSQ;
  • La demande d’enquête sur la maltraitance organisationnelle dans les établissements de santé du Québec à la protectrice du citoyen, par la FSQ-CSQ, l’AREQ-CSQ2 et la CSQ;
  • Les multiples travaux de la FSQ-CSQ sur les ratios et la stabilité des postes;
  • L’ouverture d’une enquête du Commissaire à l’éthique et à la déontologie de l’Assemblée nationale sur Gaétan Barrette;
  • Des appels répétés pour des États généraux de la santé;
  • La multiplication d’initiatives citoyennes.
  • Le gouvernement ne peut plus se réfugier dans le déni.

Un gouvernement sommé d’agir

Jamais le message d’appui au personnel de la santé n’aura été si manifeste! Or, bien que certains signes semblent montrer un début d’ouverture de la part du ministre, nous ne sommes pas dupes.

« Notre message au gouvernement actuel et à tous les partis qui aspirent à gouverner est clair : nous voulons des engagements fermes en faveur d’un renforcement de notre système public de santé et de services sociaux. Un gouvernement ne peut prétendre vouloir améliorer l’efficience du réseau public de la santé et des services sociaux, et le priver du même coup des ressources essentielles pour répondre adéquatement aux besoins. Ce message, nous le martèlerons jusqu’aux prochaines élections et bien au-delà s’il le faut », prévient Claire Montour.


1 Claire Montour est présidente de la FSQ-CSQ.
2 Association des retraitées et retraités de l’éducation et des autres services publics du Québec (AREQ-CSQ)


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