Élèves en difficulté : un référentiel au secours des profs

La réussite scolaire, les profs l’ont à cœur. Or, plusieurs sont démunis devant des classes très complexes, comptant de nombreux élèves en difficulté. Comment intervenir? Quels sont les services possibles? Un outil phare répond à ces questions.

Se faire mordre régulièrement par une élève du préscolaire en crise. Être désemparé devant un élève ayant un trouble du spectre de l’autisme se frappant la tête quand il ne comprend pas. Se demander par où commencer lorsque l’on a la responsabilité d’une classe d’adultes, dont plusieurs ont des besoins particuliers…

Ces situations ne sont pas uniques dans les écoles et les centres du Québec. Pour soutenir les enseignantes et enseignants, la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ) vient tout juste de publier la deuxième édition de son populaire Référentiel : les élèves à risque et HDAA (handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage).

Un outil essentiel

Enrichi et bonifié, il propose une multitude de pistes d’action et d’informations utiles pour intervenir auprès des élèves du primaire et du secondaire, ainsi qu’auprès de celles et ceux inscrits à la formation professionnelle et à la formation générale des adultes.

L’ouvrage de référence définit clairement les notions d’élèves à risque, d’élèves en difficulté d’adaptation, d’élèves en difficulté d’apprentissage et d’élèves handicapés. Il présente également les manifestations possibles des difficultés de ces élèves en classe et propose au personnel enseignant de nombreuses pistes d’intervention pour soutenir leur développement. Enfin, l’outil précise quels autres types d’intervenants pourraient apporter leur contribution afin de répondre adéquatement aux besoins des élèves.

À la rescousse… en lecture et en écriture

Madame Johanne enseigne en première année du primaire. Elle se sent parfois impuissante devant certains élèves à risque d’éprouver des difficultés en lecture. « Ils semblent deviner ce qu’ils lisent, butent constamment sur les mots et, pourtant, je les fais lire régulièrement. J’ai même bâti des ateliers spécialement pour eux. »

En consultant le Référentiel, elle a appris combien il est important d’inclure l’enseignement explicite des sons (phonèmes) et des lettres (graphèmes) dans ses activités quotidiennes en lecture. Elle a aussi découvert que le modèle Réponse à l’intervention (RAI) recommande des interventions orthopédagogiques supplémentaires pour les élèves à risque.

Un coup de pouce pour les plans d’intervention

Monsieur Pierre enseigne au deuxième cycle du primaire. Dans sa classe, il a cinq élèves éprouvant des difficultés de toutes sortes. Une de ses collègues lui a parlé du Référentiel pour l’aider à préparer les plans d’intervention de ses élèves afin que ceux-ci reçoivent les services adéquats. « Pour une fois, je me suis senti solide dans mes revendications auprès de la direction parce que j’avais en main les bons arguments », explique-t-il.

Des solutions pour les élèves ayant un TDAH

Monsieur Roger, enseignant en deuxième secondaire, se désole des difficultés rencontrées par ses élèves ayant un TDAH (trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité). « Ils ne sont pas attentifs, font de l’opposition à certaines exigences, ne terminent pas leurs travaux ou refusent même de les accomplir. »

Après avoir demandé de l’aide, il s’est fait répondre que cela n’était pas nécessaire puisque ces élèves prenaient une médication… N’ayant pas de contrôle sur l’implication des parents, qui fait parfois défaut, il a choisi deux solutions parmi celles proposées dans le référentiel pour aider ses élèves.

Un précieux atout à la formation générale des adultes

En feuilletant le Référentiel, Madame Christiane a été attirée par la section portant sur la formation générale des adultes. Elle a vite constaté que plusieurs encadrements légaux existent et qu’elle peut avoir accès au dossier de ses élèves ayant des besoins particuliers.

« J’ai aussitôt commencé à noter les difficultés rencontrées par chacun d’eux. Je me suis ensuite présentée à la direction pour réclamer de l’aide, en apportant le Référentiel pour appuyer mes demandes », dit-elle. À son grand étonnement, sa direction a pris au sérieux ses revendications, et elle a enfin obtenu de l’aide.

Une mine d’or pour la formation professionnelle

Monsieur Simon enseigne la mécanique à la formation professionnelle. Il est étonné de voir certains élèves au bord des larmes lorsqu’il leur demande de lire des consignes pour l’exécution de leur travail.

« Au départ, je me demandais s’il s’agissait d’immaturité. Or, je me suis aperçu que ces élèves éprouvaient des difficultés à lire et que la peur de ne pas réussir les angoissait. J’ai consulté la partie “Difficulté d’apprentissage” du Référentiel pour me guider. Personnellement, je ne pouvais les aider à lire, mais j’en ai parlé à leurs parents afin de trouver une solution. Mieux comprendre ces élèves m’a aidé dans la planification de mon enseignement. »

Des mythes tenaces déboulonnés

Autre particularité, le Référentiel déconstruit des mythes en éducation portant, notamment, sur les intelligences multiples, les simultanés et les séquentiels, le Brain gym ainsi que les styles d’apprentissage. Pour chacun d’eux, le Référentiel présente les pratiques les plus efficaces, selon la recherche.

Un référentiel pour tous les profs

Fière de s’inscrire dans un syndicalisme professionnel, la FSE-CSQ se réjouit d’offrir au personnel enseignant un tel outil pour guider ses interventions auprès des élèves ayant des besoins particuliers et rehausser sa satisfaction professionnelle. En plus d’être un leadeur dans les dossiers pédagogiques, la Fédération revendique avec vigueur de meilleures conditions de travail et d’exercice pour les profs.

« Le Référentiel a été élaboré par nos conseillers experts dans une perspective enseignante qui correspond à leur quotidien. C’est un outil de plus pour les enseignants confrontés à une réalité de plus en plus complexe », explique Josée Scalabrini1.

« Trop d’enseignants vivent des situations difficiles en raison de la composition de leurs classes et ne connaissent pas toutes les ressources qui peuvent être mises à leur disposition. Quand la tâche semble trop lourde, les enseignants devraient contacter leur syndicat pour s’assurer d’obtenir tous les services auxquels ils ont droit », ajoute-t-elle.

Pour obtenir un exemplaire du Référentiel : les élèves à risque et HDAA, il suffit de contacter votre syndicat, affilié à la FSE-CSQ, ou de le commander en ligne en visitant le site referentielhdaa.fse.lacsq.org.

Pauline Ladouceur est enseignante orthopédagogue et spécialiste des questions liées aux élèves en difficulté. Conseillère à la FSE-CSQ, elle a grandement contribué à la réalisation de la première édition du Référentiel : les élèves à risque et HDAA, en plus de collaborer à la seconde édition.

En 2011, elle a été la première lauréate canadienne du Prix de l’éducation Albert Shanker, décerné par l’Internationale de l’éducation, laquelle représente 30 millions d’enseignants et de membres du personnel de l’éducation, dans plus de 170 pays. Aujourd’hui membre de l’AREQ-CSQ (Association des retraitées et retraités de l’éducation et des autres services publics du Québec), elle poursuit son travail auprès des élèves en difficulté et donne des formations pour prévenir les difficultés en lecture-écriture, et ce, dès le préscolaire.

 


1 Josée Scalabrini est présidente de la FSE-CSQ.
* Les témoignages des enseignantes et enseignants sont authentiques.

 


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