Faire ou ne pas faire son coming out

« On m’a souvent demandé pourquoi je ressentais le besoin de divulguer mon orientation sexuelle. »

La décision de faire ou non son coming out lorsque l’on travaille en éducation soulève des questions pour lesquelles il n’existe pas de réponse toute faite. Il y a quelques années, Maxime de Blois1 a révélé son orientation sexuelle à ses élèves. CSQ Le Magazine l’a rencontré.

CSQ Le Magazine : Travailler en milieu scolaire comporte-t-il des défis particuliers pour une personne issue des communautés LGBTQ+?

Maxime de Blois : Absolument! La diversité sexuelle et de genre en éducation est encore un sujet tabou. Au primaire, et dans une moindre mesure au secondaire, l’association de l’homosexualité à la pédophilie est un mythe qui perdure. La crainte d’être confronté aux réactions négatives du milieu est bien réelle.

On m’a souvent accusé de faire la promotion de l’homosexualité. On ne le dira jamais assez : l’homosexualité n’est pas une maladie contagieuse! Plusieurs m’ont aussi demandé pourquoi je ressentais le besoin de divulguer mon orientation sexuelle. Pourtant, les personnes hétérosexuelles divulguent leur orientation sexuelle tous les jours sans s’en rendre compte…

Quels sont les bienfaits de faire son coming out?

Dévoiler son orientation sexuelle permet de se libérer d’un lourd fardeau tout en demeurant honnête, tant avec les élèves et les collègues qu’avec soi-même. Il ne faut pas oublier que nous sommes constamment observés par nos élèves, non seulement pour les choses que nous disons et que nous faisons, mais aussi pour celles que nous ne disons pas et ne faisons pas. Qu’on le veuille ou non, nous sommes des modèles pour nos élèves. En demeurant authentiques, nous renforçons le lien de confiance. Le coming out d’une personne dans une école contribue à faire cheminer les esprits. C’est très positif!

Quels peuvent être les désavantages?

Nous vivons dans une société hétéronormative. L’école n’y échappe pas. Il est possible de rencontrer de la résistance du côté des directions d’école ou des collègues. Il y a aussi le danger de devenir le gai « de service » à qui on confiera toutes les tâches liées de près ou de loin à la diversité sexuelle et de genre.

Quelles sont les conditions à mettre en place dans l’établissement pour soutenir la personne souhaitant faire son coming out?

La formation du personnel sur les réalités LGBTQ+ est essentielle. Plusieurs formations pouvant se donner dans nos milieux sont offertes par l’Institut national de santé publique du Québec, par la Coalition des familles LGBT et par l’organisme Enfants transgenres Canada. Ces formations contribuent à l’ouverture à la diversité et permettent à la personne qui songe à faire son coming out de se sentir en confiance.

Que peuvent faire les personnes alliées?

Le rôle des alliés dans les écoles est indispensable. Mon coming out ne se serait pas fait dans des conditions optimales sans l’appui de mes collègues et de mes directions. Que ce soit pour mener à bien des projets de lutte contre l’homophobie et la transphobie ou pour tendre une oreille attentive lors d’une journée difficile, les personnes alliées constituent des piliers sur lesquels on peut s’appuyer advenant une situation problématique.

Le syndicat peut-il jouer un rôle?

Le Code du travail du Québec est clair : les syndicats ont un devoir de représentation auprès de tous leurs membres. Ce devoir doit s’inscrire, notamment, dans le cadre de négociations de conventions collectives plus inclusives ou lors de la défense des droits des membres LGBTQ+.

D’ailleurs, le mouvement syndical a toujours été à l’avant-plan de la lutte pour l’égalité juridique et sociale de ces personnes. En 1996, la CSQ a été partie prenante du Forum des gais et lesbiennes syndiqués du Québec, qui demandait à ce que la notion de personnes conjointes de même sexe soit inscrite dans les conventions collectives du secteur public. En 2001, la CSQ a aussi fait partie intégrante de la Coalition québécoise pour le mariage civil des couples de même sexe, avec d’autres organisations syndicales et communautaires, ce qui mena en plus à la reconnaissance des familles LGBT.

Que pourrions-nous conseiller à la personne LGBTQ+?

La décision lui appartient : elle doit bien peser le pour et le contre, car les situations et les milieux dans lesquels chaque personne évolue sont différents. Quel que soit son choix, notre devoir est de le respecter.


1Maxime de Blois est membre du Syndicat de l’enseignement de la région des Moulins (CSQ) et du Comité pour la diversité sexuelle et l’identité de genre de la CSQ. Il a participé à l’élaboration du guide De l’autre côté du placard, réalisé par le GRIS-Montréal. Le guide peut être téléchargé sur le site gris.ca

 


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