Voiture électrique : un plus pour l’environnement?

Près de 40 % des émissions de gaz à effet de serre au Québec sont générées par le secteur des transports. La voiture électrique est-elle vraiment la solution?

Au Québec, la voiture électrique représente un net avantage sur le plan de la réduction des gaz à effet de serre et de la pollution de l’air, comparativement à sa version à essence, notamment en raison de l’hydroélectricité. Or, si l’on intègre au bilan l’énergie et les ressources nécessaires à sa production, les résultats sont bien moins reluisants, explique Marc Nantel1.

Là où le bât blesse

Depuis 2010, ce sont près de 500 millions de voitures électriques qui ont été vendues, entrainant du même souffle une explosion des projets miniers en raison de la production des composantes requises par ces véhicules.

« À elle seule, la production des batteries exige l’extraction de quantités phénoménales de minéraux et de métaux, dont le lithium, le cobalt et les terres rares. La plupart du temps, l’exploitation de ces ressources se fait à ciel ouvert, alors que des tonnes et des tonnes de minerais sont broyées pour obtenir quelques kilos de matière première », poursuit-il.

« Quant aux risques socio-environnementaux, ils sont bien réels. Les dynamitages, le transport accru de camions lourds et la poussière ne sont pas sans conséquences pour les lacs et les cours d’eau situés en aval de ces sites miniers, les nappes phréatiques, de même que la qualité de l’air et le bruit », ajoute-t-il.

Marc Nantel, au moment de son intronisation au Cercle Monique-Fitz-Back lors du 25e anniversaire des EVB-CSQ, en 2018

Le Québec, vers un boum minier?

Une douzaine de nouveaux projets miniers de lithium, de graphite et de terres rares au Québec pourraient générer plus de 350 millions de tonnes de déchets potentiellement toxiques. Plusieurs de ces initiatives sont situées dans des milieux fragiles, habités ou récréotouristiques, ainsi que dans des régions traditionnellement non minières.

« Le projet de mine de lithium de Sayona Mining suscite énormément de crainte. La mine s’installerait à moins de 500 mètres de l’esker de Saint-Mathieu-Lac-Berry, qui offre, tant à la ville d’Amos qu’à la compagnie ESKA, une eau d’une qualité exceptionnelle. Seriez-vous prêt à troquer un tel joyau naturel contre des batteries au lithium servant à alimenter les voitures électriques? », questionne Marc Nantel.

Mettre fin aux solutions miracles

Selon lui, il ne fait aucun doute : le Québec doit établir des règles claires pour mieux encadrer les projets miniers et protéger les écosystèmes. Alors, quelle est la solution à envisager si l’électrification du transport n’en est pas une?

« Il n’existe pas une seule solution, mais bien une multitude de changements à réaliser. En plus de conscientiser la population aux enjeux, il faut s’assurer que nos représentants politiques ne soient pas tous issus des milieux bancaire, industriel et commercial. Il faudra aussi réduire notre consommation et faire payer les couts environnementaux réels liés à un produit. La contamination de l’eau et de l’air ou encore l’usure de nos infrastructures ont un cout et doivent être inclus dans le prix de vente », explique-t-il.

Selon lui, le transport électrique doit viser prioritairement le transport en commun et de marchandises. « Nous devons aussi encourager les bons comportements en donnant des avantages pécuniaires et en taxant les mauvais comportements. Bref, il faut revoir nos valeurs et notre régime de vie. Nous nous dirigeons vers un mur qui aura un impact majeur sur la survie de notre espèce. Il faut mettre fin aux solutions miracles! », conclut-il.


1 Marc Nantel est membre de l’AREQ-CSQ, lauréat du Cercle Monique-Fitz-Back 2016-2017 et porte-parole du Regroupement vigilance mines de l’Abitibi-Témiscamingue (REVIMAT). De 2012 à 2015, il a aussi siégé au Conseil exécutif de la CSQ.


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