Voter : un geste collectif

Voici le tout premier billet de ce blogue que je tiendrai comme présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ). C’est un privilège de pouvoir ainsi partager mes opinions, approfondir certains sujets et échanger avec vous sur des positions que je défends, au nom des 200 000 membres de la CSQ.

Le hasard veut que j’amorce ma présidence en pleine période électorale. Un hasard qui fait bien les choses puisqu’il me permettra de participer à cette grande réflexion collective qui aboutira le 1er octobre avec le choix du gouvernement qui tiendra les rênes de nos affaires collectives pour quatre ans.

Ne pas tomber dans le piège de la marchandisation électorale

Vous me direz qu’on n’en est qu’à la moitié du déclenchement de cette première campagne électorale à date fixe, mais ça ne m’empêche pas d’être déçue. Déçue parce que je ne sens pas de vision ou de projet de société poindre le bout de son nez.

On le voit bien, la tendance est à la segmentation de l’électorat. Cette nouvelle façon de faire de la politique est facilitée par les mégadonnées (Big Data) et l’utilisation des données issues de la navigation Web des citoyennes et citoyens, des données issues du pointage, du porte-à-porte et des bases de données des partis. Cela leur permet donc d’offrir un programme à la carte aux électrices et électeurs plutôt qu’un programme rassembleur et un projet commun.

Cela se traduit par des annonces ciblées pour les familles, pour les personnes aînées, pour les cyclistes, pour les résidentes et résidents de Mascouche utilisant le transport en commun, etc., en lieu et place de grands projets collectifs porteurs de sens qui peuvent être menés par un État en pleine forme économique.

Cette segmentation de l’électorat en « marchés » marque une dangereuse marchandisation de notre démocratie. Ne tombez pas dans le panneau. Voter, c’est plus qu’un calcul individuel que l’on fait avec notre portefeuille, c’est un geste collectif que l’on pose pour les prochaines générations.

Quoi faire des surplus budgétaires?

Parlant de portefeuille, parlons donc de notre portefeuille collectif! Annoncés en grande pompe à la veille du déclenchement des élections, les surplus indécents de 4,5 milliards de dollars avant les versements au Fonds des générations ne font presque plus couler d’encre. C’est beaucoup d’argent qui pourrait être mis au service du bien commun.

En somme, ce serait l’occasion parfaite pour mettre en branle un véritable plan de redressement du financement de l’éducation publique, du préscolaire à l’université en passant par les cégeps et les centres de formation professionnelle ou de formation générale aux adultes!

Quelle bouffée d’air frais cet argent représenterait pour les organismes communautaires qui réclament depuis longtemps une fraction de cette somme pour assurer leurs missions fondamentales!

Nous sommes en droit aussi de remettre sérieusement en question la modulation des tarifs des services éducatifs à la petite enfance publics! Une mesure qui pèse lourd sur le budget de milliers de familles, mais qui ne rapporte que 161 millions de dollars dans les coffres de l’État. Et pourquoi ne pourrait-on pas rêver en grand pour ce réseau exceptionnel qui participe autant à la réussite scolaire des enfants qui y trouvent une place qu’à l’épanouissement professionnel de leur mère?

Votons pour des services publics pour le bien-être collectif

Les grands absents de la présente campagne sont sans conteste les travailleuses et travailleurs des services publics et parapublics. Pourtant, ce personnel, qu’il soit en éducation, en santé, en petite enfance, etc., se dévoue pour le service à la population.

À quand une valorisation de nos services publics? Véritables leviers économiques dans certaines régions, nos services publics donnent une chance égale à tous de vivre une vie digne et épanouissante. Ils sont au cœur des valeurs québécoises et de tout projet de société qui se respecte. Je ne sais pas pour vous, mais moi, c’est pour ça que je vais voter!


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