L’enseignement supérieur doit être une priorité

L’arrivée d’un gouvernement caquiste à Québec marquera-t-elle un changement de cap en enseignement supérieur?

Bien que la formation politique ait mis de l’avant de nombreuses priorités en éducation, elle est demeurée fort peu loquace quant à ses intentions pour les réseaux collégial et universitaire. L’attitude volontariste du ministre Roberge a été saluée par plusieurs, mais elle demeure opaque. L’embauche au cabinet du ministre de Martin Maltais, associé à l’IREC[1], et la nomination comme adjoint parlementaire de Youri Chassin, de l’IEDM[2], sont pour le moins déconcertantes.

Un constat demeure : l’enseignement supérieur doit redevenir une priorité gouvernementale et faire l’objet d’un engagement financier structurant, prévisible et correspondant aux besoins réels des populations étudiantes. Le rattrapage budgétaire à saveur électoraliste du gouvernement libéral sortant n’a pas effacé les tares des trois premières années de son mandat. Selon la Fédération des cégeps, le manque à gagner au collégial s’est chiffré à 155 millions de dollars entre 2011 et 2016. Dans le réseau universitaire, il a atteint près de 2 milliards de dollars depuis les 15 dernières années, d’après les chiffres de la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université.

Revoir le mode de financement

Selon Lucie Piché[3], une révision du mode de financement du réseau collégial est absolument nécessaire afin de répondre aux besoins réels des collèges et de tenir compte de la taille des cégeps, des réalités régionales et des missions de chacun des collèges. « Le réseau a besoin d’un financement stable, récurrent. Or, on observe plutôt l’inverse ces deux dernières années, avec l’augmentation des enveloppes dédiées à des projets spécifiques. Cette tendance fragilise d’autant plus le réseau après le désinvestissement massif des années d’austérité. »

Suzanne Tousignant[4] rappelle pour sa part que les besoins des populations étudiantes explosent. « Entre 2016 et 2017, on a constaté une augmentation de près de 25 % du nombre d’étudiants en situation de handicap. Il est démontré que les étudiantes et étudiants sont de plus en plus sujets à des problèmes d’anxiété et de dépression, et que le début de l’âge adulte est un moment où éclosent souvent les problèmes de santé mentale. »

L’importance de la stabilité

Pour Valérie Fontaine[5], le financement du personnel de soutien et du personnel professionnel doit absolument être stabilisé. « En d’autres mots, il faut une enveloppe de financement dédiée et prévisible pour que l’ensemble du personnel soit en mesure d’offrir les services à la hauteur des besoins. Ces personnes sont malheureusement les premières victimes des compressions imposées en enseignement supérieur. »

Vincent Beaucher[6] souligne quant à lui le stress indu et la perte d’expertise qu’ont subi les universités ces dernières années, alors que des centaines de chargées et chargés de cours ont perdu leur lien d’emploi. « Ce personnel enseignant est responsable de la majorité des cours offerts dans les universités québécoises; il est donc la première ligne d’une expérience universitaire de qualité. » Un constat similaire à celui posé par André Gagné[7] : « La précarité que subissent nos membres est injustifiable quand on considère la durée des subventions octroyées aux organismes de recherche qui les emploient. »

Sonia Ethier[8] souligne que la relation de proximité qu’entretient le personnel enseignant, professionnel et de soutien avec les populations étudiantes lui confère une perspective qui mérite d’être mieux entendue par le prochain gouvernement. « Nous mesurons chaque jour la portée des enjeux du réseau de l’enseignement supérieur. Nous avons des solutions à proposer et nous voulons construire, en tant que partenaires, un réseau qui répond aux besoins ainsi qu’aux aspirations des Québécoises et Québécois, tout en demeurant fidèles aux valeurs qui ont porté sa création », conclut-elle.


[1] Institut de recherche en économie contemporaine.
[2] Institut économique de Montréal.
[3] Lucie Piché est présidente de la Fédération des enseignantes et enseignants de cégep (FEC-CSQ).
[4] Suzanne Tousignant est présidente de la Fédération du personnel professionnel des collèges (FPPC-CSQ).
[5] Valérie Fontaine est présidente de la Fédération du personnel de soutien de l’enseignement supérieur (FPSES-CSQ).
[6] Vincent Beaucher est président du Syndicat des chargées et chargés de cours de l’Université de Sherbrooke (CSQ).
[7] André Gagné est président du Syndicat des professionnelles et professionnels de recherche de l’Université Laval (SPPRUL-CSQ).
[8] Sonia Ethier est présidente de la Centrale des syndicats du Québec.


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