Signes religieux à l’école : la pente glissante du gouvernement Legault

Un reportage exclusif de La Presse+ nous révélait que le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur aurait demandé à des commissions scolaires de dénombrer les enseignantes et enseignants, ainsi que les membres de la direction des écoles qui portent un signe religieux au travail.

Je ne sais pas si vous avez la même image que moi en tête, mais cette demande d’identification et de « dénombrement » est très problématique, et ce, sur plusieurs plans.

Il faut comprendre que le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) est pris avec ce que l’on peut nommer la « patate chaude » de la laïcité. Depuis la mise sur la glace du rapport de la commission Bouchard-Taylor, la question des signes religieux polarise l’opinion publique et a donné lieu à une improvisation politique qui a entraîné bien des dérives, dont cette position de la CAQ sur le port de signes religieux par le personnel scolaire.

Discrimination et stigmatisation

Pour pouvoir agir dans le sens de son engagement électoral (bien que plus ou moins clair…), le gouvernement caquiste n’aura d’autre choix que d’identifier les gens qui portent ces signes religieux au travail. Or, identifier les gens sur la base de leur religion, c’est déjà les stigmatiser et contrevenir à leurs droits tels qu’ils sont définis par les chartes des droits et libertés (du Québec et du Canada).

La Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ) a bien fait de lancer un mot d’ordre à ses membres, les avisant de ne pas répondre à cette demande qui proviendrait du bureau de la sous-ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur.

Il est interdit de demander à quelqu’un d’identifier ses croyances religieuses à l’embauche. Ce serait assez absurde que ce soit permis en cours d’emploi! C’est clairement du profilage et c’est une pente très glissante qui pourrait mener à la stigmatisation et à la discrimination des personnes en fonction de leurs croyances religieuses.

Quel est l’objectif?

Quel est l’objectif du ministre de l’Éducation et de son gouvernement en faisant cette demande aux commissions scolaires? Nous savons qu’un projet de loi portant sur l’interdiction des signes religieux chez les personnes représentantes de l’État dotées d’un pouvoir de coercition est dans les cartons du gouvernement de la CAQ (le débat entourant l’appartenance du personnel scolaire à cette catégorie est loin d’être terminé). Y a-t-il un lien entre ce projet législatif et cette demande?

Si lien il y a, cela n’annonce rien de bon pour le déroulement de ce nouveau débat sur la « neutralité religieuse de l’État ». La laïcité de l’État est un objectif fort louable et j’en suis entièrement. Cependant, on n’y arrivera certainement pas en stigmatisant une portion de la population. Il faudrait plutôt établir un dialogue constructif permettant de respecter les droits fondamentaux des gens. La laïcité est censée faire en sorte que l’État ne discrimine pas les personnes sur la base de leur religion, et non le contraire!


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