Groupes multiâges : des avantages pour petits et grands

S’occuper d’un groupe d’enfants d’âges différents facilite le travail des intervenantes en petite enfance. C’est bénéfique pour elles, mais ça l’est aussi pour les tout-petits.

Travailler avec un groupe d’enfants multiâges a été une véritable révélation pour Mélanie Gonneville1, surtout après avoir été en charge pendant 17 ans de groupes homogènes.

Mélanie Gonneville

« Imaginez, sept terrible two en même temps! Ça mord, ça s’arrache les cheveux et ça nécessite des interventions constantes. Beaucoup d’intervenantes en petite enfance trouvent ce type de situation difficile et partent en congé de maladie », raconte l’éducatrice.

Au CPE où elle travaille, Mélanie Gonneville a la chance de s’occuper de deux enfants de 18 mois, trois de 2 à 3 ans et deux de 4 à 5 ans. « C’est tellement plus facile à gérer qu’un groupe d’enfants du même âge. Lors des changements de couches, par exemple, j’ai seulement deux tout-petits à changer plutôt que sept! » L’éducatrice a même observé que les enfants deviennent propres plus rapidement.

Elle estime qu’avec son groupe multiâge, elle a davantage de temps à consacrer à ses observations puisqu’elle fait moins d’interventions. Un constat que partage aussi Pierre Latendresse2: « Les enfants de 4 ou 5 ans sont très égocentriques et oublient souvent les plus jeunes. Or, le multiâge force les interventions démocratiques entre les enfants. Dans certains cas, les plus vieux s’amusent à jouer le rôle de l’éducatrice. »

Des atouts indéniables pour l’enfant

« Non seulement le multiâge est bénéfique pour les intervenantes, mais il contribue au développement global de l’enfant, affirme Sylvie Becquereau3. Les enfants s’amusent beaucoup ensemble, peu importe leur âge, et apprennent au quotidien des valeurs de respect, de partage et d’entraide. »

Ce modèle permet aux enfants de vivre comme s’ils faisaient partie d’une famille nombreuse. « Après tout, certains passent jusqu’à 40 heures par semaine avec nous, dit-elle. C’est une expérience enrichissante, notamment pour les enfants uniques. »

« Que ce soit en milieu familial ou en CPE, la composition des groupes permet aux plus jeunes d’avoir des modèles et aux plus vieux de développer davantage leurs habiletés sociales. Les enfants apprennent à prendre soin les uns des autres », ajoute Pierre Latendresse.

L’autre avantage des groupes multiâges est la possibilité de réunir les fratries. « Ça sécurise énormément les plus jeunes, note Mélanie Gonneville. Plutôt que de travailler uniquement sur l’aspect émotionnel, on peut stimuler d’autres facettes de leur développement. Très souvent, l’éducatrice demeure la même durant tout le parcours de l’enfant. C’est un atout majeur qui nous permet d’aller plus loin avec lui. »

Sylvie Becquereau

Convaincre les parents

Malgré tous les bienfaits du multiâge, plusieurs parents craignent que la composition de ces groupes ait un effet négatif sur l’apprentissage des plus vieux. Pourtant, selon Pierre Latendresse, ce modèle est bénéfique pour la transition scolaire : « Une fois à l’école, c’est rarement dans la classe que l’enfant a des problèmes. C’est plutôt dans la cour d’école avec les plus vieux, alors qu’il est justement confronté à une dynamique multiâge. »

« Dans un contexte multiâge, il ne faut pas croire que les enfants de 4 ou 5 ans n’ont pas d’activités spécifiques à leur âge, poursuit Sylvie Becquereau. Pour ma part, mon service éducatif est aménagé par plateau, dont certains sont réservés aux plus vieux. »

Au CPE de Mélanie Gonneville, on permet parfois aux enfants plus vieux de faire la sieste plus tard. Les éducatrices en profitent pour jouer avec eux à des jeux de société pendant que les tout-petits dorment.

Des bénéfices à documenter

Les avantages du multiâge sont appelés à être plus documentés dans les recherches universitaires au cours des prochaines années, affirme Pierre Latendresse. Pour le moment, il croit que la formation des intervenantes en petite enfance devrait rapidement intégrer des notions sur le multiâge, particulièrement pour celles qui souhaitent travailler en milieu familial. « Ça mérite vraiment d’être enseigné! »


1 Mélanie Gonneville est éducatrice en service éducatif dans un centre de la petite enfance et membre du Syndicat des intervenantes en petite enfance de Montréal (SIPEM-CSQ).
Pierre Latendresse est chargé de cours à l’Université du Québec à Montréal ainsi que conférencier et consultant en petite enfance.
Sylvie Becquereau est responsable en service éducatif en milieu familial et membre de l’Alliance des intervenantes en milieu familial – Centre-du-Québec (CSQ).


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