Vaincre le décrochage par le sport

Motiver les jeunes autochtones à l’école, ça passe par le sport, croient deux enseignants convaincus… et convaincants!

Mario Boisselle1 enseigne les mathématiques depuis 29 ans à Wemindji, une communauté crie située sur la côte est de la Baie-James. Son village, « c’est le paradis du plein air ».

Au début de sa carrière à Wemindji, il organisait des activités sportives « pour avoir quelque chose à faire ». Toutefois, au fil du temps, il a réalisé que c’était le meilleur moyen de créer des liens avec les jeunes.

L’enseignant a pris la relève de la ligue de basketball féminine de l’école. Participer à des tournois locaux ou régionaux, deux à trois fois par année malgré les kilomètres à parcourir, est vite devenu un incontournable. « En début d’année scolaire, les filles ne demandaient pas si nous aurions une équipe de basket, mais à quel moment les entrainements commenceraient », dit-il.

Créer une relation de confiance

Mario Boisselle a la conviction profonde que développer un lien par le sport favorise l’attachement et profite à la réussite éducative. Au cours de sa carrière, il a constaté que l’engagement des professeurs dans les activités parascolaires, comme les sports, permettait d’établir plus facilement une relation de confiance avec les jeunes.

Vincent Deschênes2 en est également convaincu. L’enseignant en éducation physique à Quaqtaq, sur la rive est de la baie Diana (appelée Tuvaaluk en inuktitut), a mis sur pied des projets sportifs pour raccrocher les jeunes Inuits du village.

Il a utilisé le programme de hockey de Joé Juneau3 dès son arrivée dans le village et s’est rapidement mis à jouer avec les jeunes. « L’attitude des élèves envers moi était négative au départ, mais cela a changé quand ils ont commencé à jouer avec moi au hockey. J’ai alors compris l’importance d’instaurer plusieurs activités à l’extérieur de l’école. »

« Lorsque tout a commencé, les jeunes restaient loin de moi dans les estrades lors des tournois, se souvient Mario Boisselle. Et puis avec le temps, ils se sont rapprochés pour finalement s’assoir avec moi pour regarder les parties de basket. »

De fil en aiguille

Dans la communauté de Wemindji, le taux de décrochage reste élevé et les défis sont nombreux. « L’équipe-école a réussi à stimuler les jeunes en instaurant un règlement exigeant, explique Mario Boisselle. Pour pouvoir participer aux tournois, par exemple, ils doivent avoir de bonnes notes et bien travailler dans tous les cours. Ça a encouragé des filles à terminer leur secondaire et à obtenir leur diplôme. Elles sont devenues un modèle dans leur milieu et pour leurs amies. Le basket en a sauvé plus d’une. »

Vincent Deschênes croit aussi que l’implication des jeunes dans le sport a contribué à diminuer le décrochage dans sa communauté : « L’année où j’ai commencé à enseigner ici, il y a eu huit jeunes finissants. On sentait leur influence auprès des autres jeunes de l’école. Cette année, si tout va bien, cinq élèves obtiendront leur diplôme. »

Son plus grand défi demeure de développer de nouvelles façons de faire pour attirer les jeunes. « Ils doivent aussi y trouver leur compte. »

En ce moment, Mario Boisselle ne dirige plus d’équipes sportives. Il consacre son temps après l’école à aider les jeunes ayant des difficultés en mathématiques. Mais son engagement le suit : « D’anciennes joueuses viennent me voir pour me demander de rester assez longtemps pour enseigner à leurs enfants. Et ça aussi, c’est valorisant! »


1 Mario Boisselle est membre de l’Association des employés du Nord québécois (AENQ-CSQ).
2 Vincent Deschênes est également membre de l’AENQ-CSQ.
3 Programme hockey-école créé par l’ancien joueur de hockey Joé Juneau et développé initialement au Nunavik.


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