La dictature de la majorité

En campagne électorale, François Legault se définissait résolument comme étant anti-establishment. « Les vieux partis, la vieille façon de faire de la politique, c’est terminé », nous disait-il, en somme. Et bien, il n’aura pas fallu trop de temps pour que la vieille politique retrouve ses aises au salon bleu de l’Assemblée nationale.

Chassez le naturel, il revient au galop

On croyait le bâillon bien rangé dans le fond de la penderie législative, mais il semble que le gouvernement Legault et son leader parlementaire, Simon Jolin-Barrette, l’ont lavé, séché et réutilisé pour faire adopter deux projets de loi controversés : le projet de loi sur la laïcité et le projet de loi sur l’immigration.

Même les arguments utilisés par le gouvernement sentent le réchauffé. Il plaide que les députées et députés travaillent depuis déjà fort longtemps sur les projets de loi (« plus de 60 heures », nous dit le premier ministre), que c’est un débat que l’on doit mettre derrière nous, que les partis d’opposition font de l’obstruction parlementaire, etc.

La fin des démocraties libérales?

Cependant, la véritable raison pour laquelle le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) a décidé de recourir au bâillon est la suivante : dans sa vision de la démocratie, l’opinion de la majorité pèse plus lourd dans la balance que les grands principes qui sous-tendent notre droit.

Comment expliquer autrement qu’il qualifie de « blocage systémique » les questions légitimes concernant le recours à la clause dérogatoire aux chartes canadienne et québécoise des droits et libertés? Comment expliquer cette attitude si cavalière face aux obligations parlementaires commandant d’aller au fond des choses pour l’intérêt supérieur de la population du Québec.

Cette attitude fait écho à celle d’autres partis populistes de par le monde pour qui la démocratie se résume à l’imposition de la volonté de la majorité et c’est bien dommage. C’est bien dommage parce qu’une fois élu, François Legault disait qu’il allait faire les choses autrement, qu’il allait être à l’écoute et qu’il allait utiliser les bonnes idées des autres partis. Malheureusement, il a choisi le chemin inverse, allant même jusqu’à amender cavalièrement le projet de loi sur la laïcité à la dernière minute pour y ajouter des amendements dont il n’avait jamais parlé auparavant!

Nonobstant la position que vous pouvez avoir sur ces projets de loi, le respect du processus démocratique est essentiel lorsqu’on discute de sujets aussi importants que nos libertés et droits fondamentaux.

Pas une pièce de théâtre

Les travaux parlementaires ne sont pas une vulgaire pièce de théâtre, ils sont l’occasion pour nos représentantes et représentants de dialoguer, d’échanger des arguments et d’arriver à la meilleure décision possible. C’est la moindre des choses dans un système qui accorde 100 % du pouvoir exécutif à une formation politique qui n’a obtenu que 37 % des voix exprimées. C’est un autre argument en faveur d’un mode de scrutin qui entraînerait plus de gouvernements de coalition et une plus grande collaboration des partis.

Lorsqu’un gouvernement utilise le bâillon pour éviter le débat et imposer ses vues, il lance le message qu’il n’est pas à l’écoute, que tout le temps passé à discuter de ces projets de loi a été passé en vain et que la démocratie se résume à la dictature de la majorité. Au Québec, ce n’est pas comme ça que l’on vit.


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