Établir les conditions gagnantes

Le travail de collaboration entre les membres du personnel d’un établissement scolaire est essentiel pour intervenir adéquatement auprès des élèves. Comment cela se passe-t-il entre les TES et le personnel enseignant?

Après avoir exercé sa profession en milieu scolaire, Méijie Plante1 souhaitait connaitre les conditions qui facilitent le travail d’équipe entre le personnel enseignant et les TES2 et les conditions qui aident l’intégration des élèves en difficulté d’adaptation en classe ordinaire.

S’appuyant sur les travaux de plusieurs auteurs, elle admet qu’« il existe des tensions entre les TES et le personnel enseignant concernant, par exemple, la défense des périmètres de travail, et les rôles et les statuts professionnels. Cela freine leur collaboration pourtant cruciale ».

Étude de cas

Méijie Plante voulait explorer davantage le sujet et confronter la pratique à la théorie. Elle a donc réalisé une étude de cas multiples3 portant sur la relation de collaboration entre la dyade TES et le personnel enseignant à l’aide d’entretiens semi-dirigés, d’observations et d’une collecte de documents. « Je voulais mieux comprendre ce qui fonctionne bien dans nos milieux, car je voyais les impacts des interventions réussies auprès des élèves quand le personnel enseignant et les TES collaborent », précise-t-elle.

L’environnement scolaire

Dans son étude, Méijie Plante détermine des conditions gagnantes pour favoriser les moments d’échange et de concertation. « D’abord, le soutien de la direction est important, que ce soit pour accorder des libérations ponctuelles aux membres de la dyade afin qu’ils puissent se concerter ou pour inviter les TES à participer aux réunions du personnel. Les TES perçoivent ainsi qu’ils font partie de l’équipe-école et collaborent aux décisions. »

La direction peut aussi favoriser le bon climat de collaboration en contribuant à la reconnaissance du travail des TES et en clarifiant leur rôle. Par exemple, elle peut préciser les conditions pour qu’un élève soit sorti de classe et pris en charge par la ou le TES. 

Les relations interpersonnelles

Méijie Plante a observé que, lorsque les membres d’une dyade partagent des intérêts personnels, cela favorise une relation de confiance. De plus, quand les deux membres ont l’occasion de collaborer pendant plusieurs années, cela renforcit leur sentiment d’appartenance à l’équipe, leur permet de vivre des réussites et de cultiver une pratique réflexive commune. Les dyades qui ont du plaisir, qui ont des échanges informels et qui rient ensemble ont un contexte favorable au travail d’équipe.

« Les rapports entre les TES et le personnel enseignant doivent être égalitaires, voire complémentaires, et il faut qu’il y ait une volonté de collaborer », ajoute la chercheuse. Étant donné qu’ils ont des locaux distincts en contexte de soutien à l’intégration, chacun doit pouvoir cohabiter dans l’environnement de l’autre.

L’intégration de l’élève

Lorsqu’un élève est intégré en classe ordinaire, Méijie Plante spécifie que son inclusion physique et sociale passe par la mise en œuvre de pratiques pédagogiques qui permettent l’égalité des chances, entre autres, par un plein accès aux apprentissages. « Pour cela, il faut éviter d’avoir une vision médicale des difficultés de l’élève et convenir d’objectifs qui considèrent les obstacles dans son environnement. Si l’objectif est concentré sur ce que l’élève doit changer, celui-ci sera toujours sorti de la classe. » Enfin, l’intégration de l’élève est favorisée par un partage des responsabilités clair et une pratique réflexive entre les TES et le personnel enseignant.

La suite des travaux

Méijie Plante a consacré trois ans à cette recherche. Dans une recherche future, elle souhaiterait étudier les représentations de l’élève en difficulté d’adaptation. « Donner la parole à l’élève permettrait d’enrichir les résultats et de décrire les impacts perçus par ce dernier quant à la collaboration entre les TES et le personnel enseignant », conclut-elle.


1 Méijie Plante est membre du Syndicat lavallois des employés de soutien scolaire (SLESS-CSQ) et chargée de cours au Département d’éducation et formation spécialisées de la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université du Québec à Montréal.
2 Technicienne et techniciens en éducation spécialisée (TES).
3 PLANTE, Méijie. (2018). Collaboration entre techniciens en éducation spécialisée et enseignants : étude de cas multiples en contexte d’intégration d’élèves identifiés en difficulté d’adaptation en classe ordinaire au primaire. Mémoire de maitrise. Université du Québec à Montréal.


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