Prises dans le trafic

Ce soir, à Télé-Québec, vous pourrez voir le documentaire Trafic (dont il existe déjà un dérivé à écouter en baladodiffusion). Ce portrait-choc de l’exploitation sexuelle des jeunes filles est intense, je préfère vous en avertir. Le documentaire tombe à point nommé. La semaine dernière, je présentais justement, au nom de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), un mémoire sur le sujet devant la Commission spéciale sur l’exploitation sexuelle des mineurs, à l’Assemblée nationale. Pourquoi est-ce un sujet qui concerne la CSQ? Et bien parce que c’est un sujet qui devrait nous interpeller toutes et tous et que l’ensemble de la société devrait se mobiliser pour contrer le phénomène.

Une grande campagne s’impose

Le gouvernement québécois doit agir et mettre en place un train de mesures pour éviter qu’une personne mineure se retrouve prise au piège, en situation d’exploitation sexuelle. Qu’attendons-nous pour lancer une campagne nationale de prévention à l’intention des jeunes et fournir des outils de sensibilisation développés pour soutenir les parents?

Une telle campagne devrait aussi viser l’ensemble de la population, incluant le personnel de l’éducation, de la santé et des services sociaux, de même que les travailleuses et travailleurs du milieu communautaire, car l’enjeu de l’exploitation sexuelle des mineurs concerne tout le monde.

En raison du rôle important qu’il joue quotidiennement auprès des jeunes, le personnel de l’éducation est bien placé pour dépister et signaler les jeunes victimes d’exploitation sexuelle. Malheureusement, il n’a pas tous les outils ni l’information nécessaire pour agir en ce sens. Il en va de même pour le personnel de la santé et des services sociaux, et du secteur communautaire. Voilà pourquoi le gouvernement québécois doit s’assurer que ces travailleuses et travailleurs disposent des outils et de l’information leur permettant d’agir.

Aux prises avec un manque important de ressources, une surcharge de travail et, pour certains, une méconnaissance de la problématique, le personnel des services publics et du communautaire ne peut effectuer adéquatement un travail de soutien et de prise en charge.

Ne pas oublier les réalités des communautés autochtones

Sachant également que les victimes d’exploitation sexuelle peuvent avoir des profils variés et être issues de tous les milieux, on ne peut faire autrement que d’être particulièrement inquiets de constater que les jeunes filles autochtones sont surreprésentées parmi les victimes de l’exploitation sexuelle.

Au Nunavik, par exemple, la violence familiale est dix fois plus élevée que la moyenne canadienne. La pénurie de logements qui sévit place les jeunes en situation de vulnérabilité, menaçant leur sécurité ou les forçant à s’exiler. Il importe de déployer des mesures et des services particuliers et adaptés afin de répondre aux besoins des communautés autochtones afin de limiter, voire d’enrayer, cette vulnérabilité, de prendre en charge les jeunes et de les assister peu importe où ils se trouvent. Pour ce faire, le gouvernement doit élaborer un plan d’action, dans les plus brefs délais, et ce, en collaboration avec les communautés autochtones.

Toutes et tous pris dans le trafic

Dans notre société, la banalisation de la pornographie, l’hypersexualisation des jeunes et la marchandisation du corps des femmes font partie du problème. Très tôt dans leur vie, les jeunes sont imprégnés de fausses représentations en matière de relations entre les femmes et les hommes. Ainsi, les femmes peuvent être perçues comme des objets sexuels et les hommes comme des personnes qui détiennent le pouvoir dans la relation. Il faut déconstruire ce schéma. Il est impératif que nos jeunes puissent vivre des relations saines et respectueuses. Il faut miser sur l’éducation et la sensibilisation afin d’aborder de front les rapports sociaux inégalitaires et informer adéquatement les jeunes, et ça c’est notre travail à toutes et tous.


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