La confiance avant tout

Au cégep, des psychologues sont disponibles pour accompagner les étudiantes et étudiants et pour coacher les membres du personnel. Entrevue avec Geneviève Corbeil, qui nous explique les défis qu’elle relève quotidiennement.

CSQ LE MAGAZINE : VOUS TRAVAILLEZ DANS UN CÉGEP. VOTRE RÔLE EST-IL DIFFÉRENT DE CELUI D’UN PSYCHOLOGUE QUI EXERCE AILLEURS?

Geneviève Corbeil1 : Mon équipe et moi effectuons du coaching auprès des membres du personnel qui s’inquiètent ou qui relèvent des comportements inquiétants parmi les étudiants qu’ils fréquentent.

Nous animons aussi des ateliers auprès du personnel enseignant, où nous abordons les frontières et les limites des relations avec les élèves. Les profs sont avides de conseils; ils veulent définir certaines balises et réfléchir en amont aux défis auxquels ils font face.

Notre travail consiste aussi à intervenir en cas d’urgence ou en situation de crise et à faire des suivis en psychothérapie.

QU’EST-CE QUI, DANS VOTRE TRAVAIL, VOUS PROCURE LE PLUS DE FIERTÉ?

Créer un véritable lien de confiance. Quand quelqu’un me dit : « Ça ne me tente pas de sortir, je suis bien dans ton bureau », je sais que j’ai touché quelque chose de vrai. Tisser une relation thérapeutique avec une personne dans le but de l’amener à mieux se connaitre, l’aider à s’affirmer, avec ses propres limites et ambitions, c’est mon dada.

De nos jours, plusieurs jeunes sont aux prises avec des épisodes anxieux, prennent constamment d’innombrables décisions, mais ils oublient l’essentiel : prendre le temps de décider pour eux-mêmes. À cet égard, l’accompagnement que nous leur proposons a des effets bénéfiques.

DEPUIS LA LÉGALISATION DU CANNABIS, EN OCTOBRE 2018, AVEZ-VOUS OBSERVÉ DES CHANGEMENTS CHEZ LES ÉTUDIANTES ET ÉTUDIANTS?

Pour être franche, il n’y a pas vraiment eu de changement. On n’a pas senti d’augmentation de la consommation, que ce soit en termes de fréquence ou de quantité. La nouvelle a fait les manchettes, c’est sûr, mais au quotidien c’est un peu passé inaperçu. De toute façon, notre approche en lien avec tout type de consommation, et pas seulement le pot, est d’abord basée sur l’ouverture et l’écoute. On souhaite donner une information juste, mais il faut d’abord laisser la personne parler librement.

Ce que je constate, dans certains cas, c’est que la gravité du problème de consommation est plus importante que les jeunes ne le réalisent. Je vois aussi davantage de consommation solitaire. Il ne faut pas non plus oublier l’alcool, qui s’avère bien plus accessible et prévalent, mais que l’on a souvent tendance à banaliser.


1 Geneviève Corbeil est présidente du Syndicat du personnel professionnel du Collège de Sherbrooke (SPPCS-CSQ).


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