Ça ne va pas du tout dans nos CHSLD

Ça fait longtemps qu’on lève des drapeaux, qu’on lance des alertes, qu’on crie à l’aide dans le système de Santé et de services sociaux. «On le sait ben, les syndicats, toujours en train de chiâler». Si j’avais un dollar à chaque fois que j’ai entendu cette phrase, je pourrais engager un médecin spécialiste pendant 4 jours dans un CHSLD.

Des infirmières qui se retrouvent seules avec 100 patients, la nuit, sur trois étages, on en a vu. Ça fait des années que les syndicats sonnent l’alarme! Ça fait des années que les gouvernements successifs font la sourde oreille, au nom d’une gestion « efficiente », au nom de l’équilibre budgétaire, au nom des baisses d’impôts, etc. Toutes les raisons sont bonnes pour ne pas écouter la détresse du monde ordinaire qui se démènent pour soigner et prendre soin de la population. « Ces femmes-là ont la vocation, elles sont capables d’en prendre », qu’on semble se dire à tout bout de champs dans les officines du ministère de la Santé et des services sociaux (MSSS).  

Deux poids deux mesures

Tellement capables d’en prendre qu’on se permet de leur en ajouter par décret et par arrêté ministériel. On ne paiera plus leur temps supplémentaire. On les enverra là où on en a besoin, quand on en aura besoin, sans les consulter. Il y a même un gestionnaire qui a cru bon littéralement les embarrer dans un CHSLD, de peur qu’elles ne se sauvent.

Même chose pour le personnel des commissions scolaires et des cégeps qu’on se permet de garder en réserve, au cas où. La ministre de la Santé n’en parle pas trop, mais son dernier arrêté ministériel prévoit que toutes les travailleuses et tous les travailleurs du réseau de l’éducation et de l’enseignement supérieur pourront être réaffectés dans le réseau de la santé, sans consultation préalable avec les syndicats, sans avertissement.

Au MSSS, on ne semble pas croire que les médecins spécialistes ont la même vocation. La ministre McCann annonçait hier que ces derniers obtiendraient un salaire de 211$ de l’heure (jusqu’à un maximum de 12h par jour) en plus d’un bonus de 20% supplémentaire quand ils travaillent après 20h. C’est tout simplement indécent.

On décrète pour tout le monde et on fait des arrêtés ministériels qui suspendent les droits fondamentaux des travailleuses et des travailleurs, mais pour les spécialistes, on met des gants blancs et on négocie une entente de luxe? UN médecin spécialiste à 211$ de l’heure, c’est littéralement 9 infirmières auxiliaires! Avec quel argent peut-on se permettre ça? Après des années d’austérité et de coupes budgétaires, tout d’un coup on a de l’argent?

Étirer l’élastique

Ça n’allait pas bien déjà, ce n’est certainement pas une crise de l’ampleur de celle que nous vivons aujourd’hui qui va arranger les choses. Il y avait déjà une pénurie de personnel dans nos établissements de santé. Les causes sont bien simples. Il y a le salaire, en premier lieu, qui ne suit pas l’inflation depuis les années 1980.

À tout cela, il faut ajouter le temps supplémentaire obligatoire (TSO) qui s’applique aux infirmières, infirmières auxiliaires et aux inhalothérapeutes, toujours moins nombreuses à se dévouer pour toujours plus de patients avec de moins en moins d’aide. Tout cela sans compter les horaires fait un peu tout croche, les directives contradictoires, le manque de reconnaissance, la détresse, etc., et on a là la recette pour créer une pénurie de personnel.

Ce qui se passe en ce moment, c’est qu’on a étiré l’élastique à son maximum et que la crise que l’on vit l’a coupé en deux. «On doit ça à nos aînés», nous dit le premier ministre aujourd’hui en conférence de presse. Ne leur devait-on pas du personnel bien payé et respecté à la base?

Des milliers de volontaires

C’est près de 40 000 personnes qui se sont portées volontaires sur le site jecontribuecovid19.gouv.qc.ca. De ce nombre, seulement 3000 ont été rappelées. Sur les réseaux sociaux, les messages d’infirmières qui veulent aller prêter main-forte pullulent. Elles se portent volontaires et on ne les appelle pas. On préfère payer le gros prix pour des médecins qui gagneront en une semaine plus que ce qu’une infirmière reçoit en un mois.

Le député de Gouin, Gabriel Nadeau-Dubois, a bien résumé la situation absurde dans laquelle on se trouve : « pour combler des postes en bas de l’échelle, qui sont vacants parce qu’on ne paie pas assez les gens, on va surpayer les gens en haut de l’échelle. Notre système est brisé. » J’ajouterais : une fois la crise passée, il faudra rapidement le réparer pour qu’il soit moins inégalitaire et surtout, plus humain!  

 


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