Télétravail et droit à la déconnexion : une réflexion s’impose

Se connecter tôt le matin, prendre ses courriels tard le soir, être sollicité à toute heure du jour ou de la nuit par l’employeur, c’est le contexte dans lequel bien des personnes qui travaillent de la maison sont plongées depuis le début de la crise sanitaire due à la COVID-19. Il faut décrocher.

En période de confinement, le télétravail s’est avéré essentiel. Le contexte a toutefois précipité bon nombre de travailleuses et travailleurs dans une situation de télétravail non planifiée et non organisée, où réaliser des tâches professionnelles en présence d’une conjointe ou d’un conjoint, de jeunes enfants, d’adolescents ou de colocataires est devenu inévitable.

Les travailleuses et travailleurs ont dû s’adapter afin d’accomplir leurs tâches sans parfois disposer des outils technologiques habituels. L’élément essentiel permettant le télétravail est cependant demeuré accessible à toutes et tous, ou presque : une connexion Internet à la maison. Bien qu’indispensable au télétravail, cet outil peut toutefois constituer un piège.

Quand la frontière disparait

Dès le début du confinement, la conciliation entre le travail, ou plutôt télétravail, la famille et la vie personnelle est subtilement devenue une responsabilité individuelle. Chaque personne est devenue libre d’organiser son travail à travers ses responsabilités familiales et personnelles, les employeurs se dégageant bien souvent de toute responsabilité quant aux modalités de réalisation du télétravail.

Il n’en fallait pas plus pour que la connexion permanente au travail s’impose et que les frontières entre toutes les sphères de la vie s’amenuisent.

Déjà, en 2017, une enquête de la CSQ, réalisée auprès du personnel de l’éducation et de l’enseignement supérieur, révélait que les tâches réalisées sur le temps personnel, en dehors des heures normales de travail, comme consulter des courriels et y répondre, avaient augmenté au cours des dernières années pour 76,5 % du personnel répondant.

Si en 2017 la connexion permanente au travail, favorisée par le développement des outils numériques, s’installait, il va sans dire que le télétravail imposé par le confinement a renforcé cette tendance, sans égard aux conséquences sur la vie personnelle et familiale.

Déconfinement rime-t-il avec déconnexion?

Rien n’est moins sûr! Pourtant, le 3 juin 2020, Québec solidaire annonçait le dépôt d’un projet de loi portant sur le droit à la déconnexion. L’objectif : « assurer le respect du temps de repos des salariés en introduisant une obligation pour un employeur d’adopter une politique de déconnexion en dehors des heures de travail ». Cette politique de déconnexion, selon les termes du projet de loi, devrait être élaborée en collaboration avec les personnes salariées désignées ou, le cas échéant, par les personnes représentant les associations accréditées.

Malgré sa pertinence, il n’est aucunement certain que ce projet de loi soit adopté, surtout sans l’appui du parti au pouvoir. D’ailleurs, le ministre du Travail, Jean Boulet, s’est montré réticent à imposer une façon de faire aux employeurs.

93 % DES ADULTES QUÉBÉCOIS
disposaient, en 2018, d’une connexion Internet à la maison.
Source : CEFRIO

Agir syndicalement

Il faut bien reconnaitre les effets positifs du télétravail. « En période de confinement, il a permis à bon nombre de travailleuses et de travailleurs de maintenir un lien d’emploi tout en s’assurant un revenu de travail », explique la présidente de la CSQ, Sonia Ethier. Pour plusieurs, le télétravail a aussi contribué à avoir un meilleur contrôle sur leur travail, tout en leur évitant de subir la pression de la productivité et de la performance liée à l’intensification du travail.

Malgré ces avantages, le télétravail aura laissé des traces sur les pratiques de connexion permanente au travail qui ne cesseront de s’intensifier. « Les risques de voir la frontière entre les vies personnelle et professionnelle se brouiller sont bel et bien présents », ajoute la présidente. Pourtant, il importe de se rappeler que le temps de repos, légitime pour toutes et tous, assure une coupure avec le travail. Il est essentiel au maintien d’une bonne santé mentale et de l’équilibre entre les différentes sphères de la vie.

« Une réflexion syndicale reste à développer sur le sujet, mais pour agir dans nos milieux, il est important d’amorcer une réflexion. Celle-ci devrait se faire dans le respect des différents points de vue afin de trouver une solution collective qui assurera le bienêtre de toutes et tous et protègera l’équilibre entre le travail, ou le télétravail et les vies familiale et personnelle », conclut Sonia Ethier.


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