Élèves en difficulté : il faut agir maintenant

La fermeture des établissements scolaires pendant la pandémie a amené une rupture des services et accru les besoins des élèves en situation de vulnérabilité. Maintenant que l’école a repris, il est plus que temps que le gouvernement investisse pour soutenir les élèves et le milieu scolaire.

Les Québécoises et les Québécois sont préoccupés par l’impact de la pandémie sur la réussite scolaire des enfants. Soixante-six pour cent des personnes interrogées dans le cadre d’une étude d’opinion1, réalisée à l’été 2020 par la firme CROP, se disent d’ailleurs inquiètes à ce sujet. La CSQ aussi.

Sonia Ethier, présidente de la CSQ.

« La fermeture des établissements scolaires lorsque la crise due à la COVID-19 a commencé au printemps dernier a accru les besoins des élèves en situation de vulnérabilité, du préscolaire à l’éducation des adultes et à la formation professionnelle », affirme la présidente de la CSQ, Sonia Ethier, qui rappelle que la situation était criante bien avant la pandémie. « Les besoins n’ont pas diminué, au contraire! Il faut penser que la majorité des élèves n’a pas fréquenté l’école depuis presque six mois! », ajoute-t-elle.

 

Des ressources financières réclamées

Pour aider les élèves qui éprouvent des difficultés d’apprentissage, il est essentiel que le gouvernement du Québec octroie aux équipes-écoles plus de ressources financières.

« Les enseignantes et les enseignants, le personnel de soutien ainsi que les professionnelles et professionnels méritent qu’on leur donne les ressources nécessaires pour soutenir les élèves et leur offrir les services auxquels ils ont droit », dit Sonia Ethier.

« Les équipes-écoles attendent dès maintenant une réponse ambitieuse, novatrice et structurante pour attaquer de front les inégalités qui ont été amplifiées par la crise, ajoute la leadeuse syndicale. Un plan timide entrainera des couts sociaux et économiques pour le Québec et pour nos enfants, notamment par le décrochage scolaire. Il ne faut pas l’échapper collectivement! »

Investir pour la réussite de demain

Les équipes-écoles exercent plus que jamais un rôle dans le développement des élèves. Conséquemment, fournir des ressources aujourd’hui en éducation, c’est investir dans la réussite de demain. L’étude d’opinion confirme par ailleurs un important niveau d’appui (92 %) de la population pour des investissements supplémentaires favorisant les élèves en difficulté.

Josée Scalabrini, présidente de la FSE-CSQ.

Le ministère de l’Éducation doit accorder davantage de ressources pour faire en sorte que les élèves en difficulté ne soient pas concentrés dans les mêmes groupes, selon la présidente de la FSE-CSQ2, Josée Scalabrini. « Cela décuplerait le défi posé au personnel enseignant pour les prochaines années », soutient-elle.

« L’enseignement en demi-classes du printemps 2020, pour ceux qui l’ont vécu, a été un succès retentissant sur le plan pédagogique, explique Josée Scalabrini. Les profs nous ont fait savoir qu’ils ont eu le sentiment d’avoir bien réussi à passer leur matière en classe et à encadrer comme jamais les élèves qui éprouvaient des difficultés. »

La présidente de la FSE-CSQ affirme que la réussite des élèves passe également par le personnel enseignant, qui ne peut continuer à crouler sous la tâche. Les profs ont besoin de plus de temps pour préparer du matériel, pour effectuer les suivis, pour s’organiser et pour souffler. « Il est urgent de mieux prendre soin des enseignants et de leur donner de meilleures conditions d’enseignement pour les attirer et les garder en poste, et ce, tant au secteur des jeunes, à la formation professionnelle qu’à l’éducation des adultes », dit-elle.

Mettre de l’avant les besoins réels

Éric Pronovost, président de la FPSS-CSQ.

Il faut toutefois accorder les bonnes ressources aux bons endroits dans un souci de valoriser les compétences et l’expertise du personnel de soutien, mais surtout pour le bienêtre des enfants, estime le président de la FPSS-CSQ3, Éric Pronovost. « Depuis trop longtemps, l’aspect budgétaire prime sur les besoins réels de l’enfant, dit-il. Les solutions mises en place sont souvent inadéquates, et les besoins restent non comblés. »

Le président de la FPSS-CSQ ajoute qu’il n’est pas rare de voir des directions faire appel à quelqu’un d’une classe d’emploi moins rémunérée pour répondre à un besoin qui nécessiterait une personne mieux payée, mais aussi mieux outillée pour faire face à la situation. Il arrive, par exemple, qu’on recrute une personne préposée aux élèves handicapés pour pourvoir le poste d’une technicienne ou d’un technicien en éducation spécialisée, alors que les deux sont formés de façon complètement différente. La personne préposée n’a pas les mêmes acquis pour répondre aux besoins spécifiques de l’élève qu’elle accompagne. Résultat : c’est l’enfant qui s’en trouve pénalisé.

« Cette manière de faire doit rapidement être corrigée », affirme Éric Pronovost.

Pour l’égalité des chances

La mise en place des seuils de services minimaux pour garantir aux élèves en situation de vulnérabilité un accès équitable aux services apparait comme un incontournable pour la FPPE-CSQ4. Son président, Jacques Landry, rappelle d’ailleurs le rôle essentiel du personnel professionnel dans la réussite des élèves : « Nous sommes contents que les écoles soient rouvertes et que tous les élèves, incluant plusieurs jeunes vulnérables ou en difficulté d’apprentissage, soient de retour en classe pour se développer et socialiser. Par contre, il y a un manque important de ressources professionnelles pour donner des chances égales à tous de réussir. Nous voulons faire partie de la solution et soutenir les équipes-écoles, mais nous appréhendons l’augmentation des besoins des élèves dans le contexte particulier de la pandémie. »

Jacques Landry, président de la FPPE-CSQ.

Jacques Landry soutient que les annonces faites ces dernières semaines par le gouvernement n’ont garanti en rien l’ajout du personnel requis pour répondre aux différents besoins dans le réseau scolaire. « Le moment est venu de s’éloigner du modèle historique, qui utilise les ressources professionnelles au gré du temps, sans prévisibilité, et d’établir des seuils exclusifs pour les ressources professionnelles par des mesures budgétaires protégées », affirme-t-il.

Une vaste campagne pour soutenir les élèves

Pour souligner l’importance de soutenir les élèves de tous les niveaux scolaires, particulièrement celles et ceux éprouvant des difficultés, la CSQ a lancé une vaste campagne sous le thème Agir aujourd’hui pour leur avenir.

Par le biais de cette campagne, la CSQ réclame du gouvernement davantage de moyens pour soutenir le milieu scolaire. « Le gouvernement du Québec répète que l’éducation est sa priorité. Il est temps que cela se concrétise sur le terrain. Le message que nous lançons est clair : c’est maintenant qu’il faut agir! », conclut Sonia Ethier.

La population en faveur de plusieurs mesures favorisant la réussite éducative 

Parmi les personnes sondées dans le cadre de l’étude d’opinion CROP menée à l’été 2020 :

  • 90 % croient que les élèves des établissements primaires et secondaires ayant des difficultés d’apprentissage sont davantage pénalisés par la pandémie que les élèves réguliers;
  • 66 % sont inquiètes ou assez inquiètes de l’impact de la pandémie sur la réussite scolaire des enfants;
  • 92 % sont favorables au déploiement de moyens supplémentaires pour aider les élèves du primaire et du secondaire en difficulté d’apprentissage;
  • 83 % sont favorables à la diminution de la taille des groupes d’élèves au primaire et au secondaire afin de favoriser l’apprentissage et l’accompagnement de ces jeunes.

 


1   Étude d’opinion publique à l’égard du milieu de l’enseignement primaire et secondaire ainsi que de l’éducation dans le contexte de la pandémie menée par CROP, du 22 au 29 juillet 2020 auprès de 1 000 personnes par le biais d’un panel Web.
2   Fédération des syndicats de l’enseignement.
3   Fédération du personnel de soutien scolaire.
4   Fédération des professionnelles et professionnels de l’éducation du Québec.


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