Entre défis et inquiétudes

La situation exceptionnelle que le milieu de l’éducation vit depuis le printemps dernier n’est pas sans répercussions sur le personnel. Dans le secteur de l’enseignement privé, les travailleuses et travailleurs ont tenu à témoigner de leur réalité.

Afin de s’assurer de la santé et de la sécurité des élèves et des membres du personnel, d’énormes efforts ont été déployés pour garantir une rentrée scolaire sécuritaire. L’organisation de l’enseignement a été chamboulée, et cette nouvelle réalité en emploi soulève de nombreuses inquiétudes, affirme le président de la FPEP-CSQ1, Stéphane Lapointe.

Stéphane Lapointe, président de la FPEP-CSQ

À la suite de ces changements majeurs dans les conditions de travail du personnel de l’enseignement privé, la FPEP-CSQ a réalisé un sondage éclair pour connaitre et faire connaitre la nouvelle réalité en emploi de ses membres. Au total, 21 syndicats représentant quelque 1 500 travailleuses et travailleurs, toutes catégories d’emplois confondues, ont témoigné de la charge de travail additionnelle générée par le respect des consignes sanitaires et par l’enseignement et le suivi à distance dont bénéficient les élèves.

Une organisation inédite

Qui aurait pu imaginer, il y a à peine quelques mois, que des enseignantes et enseignants devraient donner des cours en classe tout en offrant à des élèves la possibilité de suivre à distance et en temps réel la matière enseignée?

Pourtant, 47 % des personnes sondées par la FPEP-CSQ disent avoir reçu des consignes de la direction de leur établissement scolaire pour offrir de l’enseignement simultané pour les élèves à distance. Pour 20 % des personnes sondées, la tâche d’enseignement à distance s’ajoutera à celle faite en présentiel, puisqu’elle devra se faire en dehors de la période à l’horaire et de la façon choisie par la personne enseignante. Au moment où le sondage a été effectué, à la fin du mois d’aout 2020, 33 % du personnel sondé n’avait toujours pas d’indication en ce sens ou rien n’avait encore été prévu.

Des outils technologiques et des inquiétudes

Stéphane Lapointe explique que, dans le contexte d’urgence sanitaire actuel, le déploiement accéléré (ou imposé) d’outils technologiques nécessite d’autant plus de baliser leur utilisation afin de respecter les droits et la vie privée des travailleurs.

« Ce caractère d’urgence ne justifie pas toutes les mesures exceptionnelles prises par les directions, dit-il. L’usage des outils technologiques est vital pour certaines tâches d’enseignement, mais, tant que les modalités d’utilisation, de collecte et de contrôle des données ne sont pas clairement définies, il faut faire preuve de vigilance dans nos milieux de travail. »

Améliorer la distribution du matériel

Le matériel sanitaire et de protection a été rendu disponible de façon satisfaisante, selon 83 % des répondants. Des ajustements sont toutefois encore demandés afin d’arriver à une pleine satisfaction. La pénurie de matériel de protection et le manque de station de désinfection pour les mains, par exemple, sont parmi les inquiétudes les plus souvent citées.

Santé ou salaire : un choix inacceptable

Le manque de personnel dans le réseau de l’éducation entraine une remise en question des retraits préventifs pour certaines travailleuses. Malheureusement, la priorité est trop souvent donnée à la pénurie plutôt qu’à la pandémie, déplore le président de la FPEP-CSQ.

« Alors qu’on croyait que les règles étaient claires pour assurer la protection des personnes dont l’état de santé les rend vulnérables, le retour en classe de plusieurs travailleurs devient obligatoire. Choisir entre sa santé ou son salaire, voilà le nouveau choix imposé! Le gouvernement se doit d’agir pour que la protection de la santé publique ne se fasse pas sur le dos des employés », plaide Stéphane Lapointe.

Des interventions auprès du ministère

Dans un contexte où tout est inédit, l’allongement de la durée de certaines tâches, la surcharge de travail et l’absence de ressources supplémentaires rendent le travail du personnel de l’enseignement encore plus remarquable.

« De multiples interventions ont été réalisées au cours des dernières semaines auprès du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur pour transmettre les inquiétudes des membres de la FPEP-CSQ. Nous ne reculerons pas devant la fragilisation des protections de nos membres, les bouleversements imposés à nos conditions de travail ainsi qu’au respect des acquis de nos professions », conclut Stéphane Lapointe.


1 Fédération du personnel de l’enseignement privé.


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