Ramener l’évaluation au 21e siècle

Alors qu’on n’enseigne plus comme dans les années 1950, pourquoi les méthodes d’évaluation semblent-elles figées dans le temps?

C’est la question que s’est posée la chercheuse Nicole Monney1. « Quand j’enseignais au primaire, je ne me suis jamais sentie tout à fait à l’aise avec l’évaluation des apprentissages », raconte-t-elle.

À l’université, elle se souvient d’avoir appris les notions permettant de noter les élèves autrement que par des examens ou des tests dûment chiffrés. En classe, toutefois, elle avait du mal à utiliser ces outils. « J’ai donc décidé de creuser cet aspect lors de mon doctorat. »

Passage ardu

Nicole Monney a d’abord tenté de comprendre pourquoi le passage entre la théorie et la pratique était si ardu. « J’ai réalisé que les stagiaires avaient tendance à évaluer leurs élèves comme ils l’avaient eux-mêmes été pendant leur scolarité. Les diplômées et diplômés ressortent donc d’une formation de quatre ans sans utiliser les nouvelles avancées. »

Poser un regard sur la démarche

C’est en collaborant avec des didacticiennes et didacticiens en univers social et science et technologie ainsi qu’avec des profs du primaire que Nicole Monney a ensuite approfondi sa réflexion. « Dans ces matières, les enseignantes et enseignants évaluent souvent comme en français ou en mathématiques. Par exemple, ils font lire un texte sur le cycle de l’eau et questionnent les élèves pour voir s’ils ont saisi la matière, mais cela permet surtout de vérifier leur compréhension écrite », dit-elle.

Lorsque le personnel enseignant a l’impression de ne pas maitriser la matière, il préfère souvent se rabattre sur des exercices formatés, où il ne risque pas de sortir de sa zone de confort. « Les profs n’ont pas à connaitre toute la science ou l’histoire. Ils doivent plutôt aider l’élève à développer sa démarche », précise Nicole Monney.

Savoirs pratiques

En menant une recherche collaborative avec des enseignantes du primaire autour de la problématique de l’évaluation en univers social et en science et technologie, il a été possible d’arrimer les avancées de la recherche et les savoirs pratiques des milieux scolaires. Ensemble, ils ont constaté qu’en proposant des activités pratiques axées sur la démarche, les enseignantes avaient plus de temps pour évaluer les compétences des élèves de façon « formative », c’est-à-dire en observant, en questionnant, en évaluant des présentations orales, etc.

« Si les élèves doivent maitriser le vocabulaire, par exemple, on peut circuler de table en table et leur demander de nous décrire ce qu’ils font. Cela permet de valider leur capacité à utiliser la terminologie scientifique ou à formuler une hypothèse », explique Nicole Monney.

Vérifier la compréhension au fur et à mesure évite aussi de constater, à la toute fin d’un module, qu’un élève est passé à côté. Ainsi, l’enseignante ou l’enseignant peut s’ajuster pour mieux accompagner son groupe d’élèves.

De plus, les profs peuvent développer des activités concernant les compétences au programme. Cela permet de réduire le stress de l’examen – voire de l’éliminer – puisque la note se construit au fil de l’apprentissage. « De cette façon, on évalue réellement les compétences telles qu’elles sont attendues », ajoute la chercheuse.

Un outil concret

Pour appuyer les enseignantes et enseignants dans cette démarche, Nicole Monney et son équipe ont développé des grilles d’observation simples à utiliser, qui permettent de noter en un coup d’œil les différentes cibles pédagogiques associées à chaque matière.

« Avec cet outil, les profs conservent des traces, peuvent justifier leurs notes et s’assurent d’évaluer réellement chacune des compétences », dit-elle. Cette méthode a aussi été intégrée à la formation en enseignement de l’UQAC2, en plus d’être rendue publique, notamment dans la deuxième édition du livre Évaluer les apprentissages qui sera publié en 20203.

« L’évaluation qui permet d’accompagner, plutôt que de sanctionner, constitue un levier essentiel pour la réussite éducative », ajoute-t-elle. « L’enfant sent qu’on n’essaie pas de le punir, mais de l’aider en tentant de comprendre comment le guider. » Une pratique à développer.


1 Nicole Monney est professeure à l’Université du Québec à Chicoutimi et chercheuse au Centre de recherche et d’intervention sur la réussite scolaire (CRIRES).
2 Université du Québec à Chicoutimi.>
3 FONTAINE, Sylvie, Lorraine SAVOIE-ZAJC et Alain CADIEUX (2013). Évaluer les apprentissages : démarches et outils d’évaluation pour le primaire et le secondaire, Montréal, Les Éditions CEC, 189 p.


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