COVID-19 : le doute qui s’installe

AVERTISSEMENT Ce texte traitera de la gestion de la pandémie par le gouvernement de François Legault. Avant même de commencer, compte tenu du contexte volatile qui prévaut sur internet, je me dois de préciser certains éléments de base qui aideront à la compréhension du texte et de mon propos :

  • Les masques sont efficaces pour réduire la transmission du virus, tant le personnel que les élèves doivent le porter;
  • Les vaccins sont efficaces pour réduire les effets du virus;
  • Les divers variants du virus sont plus virulents et dangereux que la souche initiale.

Nous sommes entrés de plein fouet dans une troisième vague d’infection de la COVID-19 et celle-là ne sera pas aussi facile à casser que les deux autres. Les scientifiques du monde entier nous le disent : plus le virus se transmet, plus il mute et plus il risque de se former des variants. Ces derniers sont plus virulents, ils sont plus dangereux et ils sont plus résistants. Le profil des hospitalisations a énormément changé. L’âge moyen des patientes et patients est de plus en plus jeune. Cela risque fort de faire déborder notre système de santé. On déplore aussi un premier décès dû à la COVID-19 d’une personne âgée de seulement 16 ans au CHU Sainte-Justine.

Les choses sont graves et on ne dirait pas que le premier ministre du Québec soit au courant. Voguant de demi-mesure en demi-mesure, le gouvernement joue au yo-yo avec la crise. Relâchant les mesures sanitaires un jour, en ajoutant d’autres le lendemain, François Legault gère la crise à la petite semaine. Prenons, par exemple, le retour à l’école à temps plein des élèves du secondaire annoncé le 23 mars dernier, dans la foulée d’un déconfinement partiel de certaines zones du Québec. Cette décision précipitée a été faite dans la foulée d’avertissements pressants sur l’arrivée imminente d’une troisième vague. À quoi donc le premier ministre a-t-il pensé?

Stop and Go : nocif pour la santé mentale

Évidemment, le retour à l’école n’a pas été très long pour les jeunes. « Ils ont eu une semaine de liberté », nous dit essentiellement François Legault. Pour le premier ministre, cette semaine de pause des mesures sanitaires était-elle suffisante pour effacer les coups portés à la santé mentale de nos jeunes? Ces messages contradictoires ne sont en rien bénéfiques. Pas plus que cette manie de rependre d’une main ce qu’on a donné de l’autre.

Est-ce que ça valait le coût de les exposer, ainsi que leurs familles et le personnel, à des risques accrus d’infection? Alors même que la situation était somme toute bien contrôlée par la santé publique (dont je salue ici la proactivité) et que les écoles s’étaient habituées aux mesures et à l’enseignement comodal, ces coups de tête du premier ministre et de son équipe sont bien malvenus.

Tannée des sermons sur la montagne

Au lieu de déclamer des sermons sur la montagne en tentant de trouver la paille dans l’œil des citoyennes et citoyens, François Legault ferait mieux de regarder la poutre de sa mauvaise gestion et de se responsabiliser de ses mauvaises décisions. La très grande majorité de la population respecte à la lettre les mesures de protection et est plus que tannée de se faire pointer du doigt pour expliquer la hausse du nombre de cas.

Protéger les travailleuses et travailleurs

On sait pertinemment que le couvre-feu tient plus du symbole que de la science. On le respecte quand même et on suppose qu’il a ralenti les ardeurs de quelques fêtards ici et là. Par contre, il faudrait peut-être voir à véritablement respecter les recommandations de la santé publique et à agir là où se trouve le problème. Les « rassemblements dans les maisons » tant décriés par le premier ministre ne sont pas légion, seulement 0,2 % des éclosions y ont eu lieu. Les véritables endroits problématiques sont les milieux de travail qui comptent pour près de 53 % des éclosions et les écoles, dans une moindre mesure, à un peu plus de 26 %1.

Pourtant, la CNESST n’a pas plus de ressources pour aller inspecter les milieux de travail. La Commission aura beau imposer le masque médical à tous les milieux de travail, elle n’a pas les ressources nécessaires pour en vérifier l’application par les patrons.

Image satirique tirée de la populaire page Organisation structurelle coconstruite de lopraticienxe réflexixe

Par ailleurs, en ce qui concerne les écoles, on ne sent aucune volonté du gouvernement d’accélérer la vaccination du personnel scolaire. Certes, l’accès aux vaccins vient d’être annoncé pour le personnel scolaire du grand Montréal, mais on ne prévoit toujours aucune vaccination pour les travailleuses et travailleurs des zones rouges ou travaillant dans les régions visées par les mesures spéciales d’urgence.

Arrêter de donner des munitions aux conspirationnistes et aux anti-masques

Ces volte-face, ces demi-mesures et ces incohérences ont tôt fait de donner des munitions aux gourous conspirationnistes qui y voient une raison de s’opposer en bloc à toutes les mesures, avec les conséquences que l’on connaît. La confiance en nos institutions était déjà ébranlée, il ne faudrait pas que nous sortions de cette crise avec en plus un affaiblissement de notre démocratie et une perte de légitimité de nos institutions.

François Legault doit rapidement se ressaisir et faire le nécessaire pour protéger la population. Moins de sermons, plus d’écoute et une plus grande implication du personnel sur le terrain seraient un bon début!


1 Données sur la COVID-19 visité le 7 avril 2021.


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