L’éducation en temps de crise ou crise en éducation?

L’électrochoc qu’a provoqué la pandémie a été révélateur du rôle central de l’école. Mais au-delà de ses effets globaux sur la société, quelles répercussions a la crise sanitaire sur les jeunes et le personnel?

La pandémie a mis en lumière l’importance d’un système d’éducation fort, incluant les services de garde, pour assurer le fonctionnement « normal » du quotidien. Outre les apprentissages mis à mal par cette crise, ce sont aussi les liens sociaux que permet l’école qui se sont effrités.

Des contraintes qui augmentent les inégalités

La pandémie a incontestablement avivé des problèmes déjà présents en éducation que nous commençons juste à pouvoir mesurer. Un article publié dans La Presse en septembre 2021 mentionne qu’une perte d’intérêt pour l’apprentissage, une baisse des résultats et même une augmentation de la masse corporelle ont déjà été observées chez les jeunes.

Les contraintes imposées dans les milieux éducatifs ont été importantes. Plusieurs ont amplifié les inégalités scolaires. Dans un contexte hors pandémie, les liens sociaux qui se tissent dans les établissements scolaires permettent d’atténuer certaines des difficultés liées à ces disparités ou au moins de déceler quelques cas extrêmes. La crise a brisé cette fonction sociale de l’école et, en ce sens, a contribué à précariser la situation de nombreuses personnes.

Certains élèves ont dû composer avec d’importantes contraintes, notamment le manque d’espace favorable à l’étude, ce qui a beaucoup nui à leur motivation et à leur capacité de réussite. Sans surprise, les vulnérabilités chez les jeunes qui présentaient déjà des difficultés se sont accentuées.

Des conséquences à long terme

Les répercussions de la pandémie, notamment les retards des uns et l’abandon des autres, prendront du temps à se résorber. Au cours des années à venir, le personnel de l’éducation aura à composer avec une acquisition encore plus variable des connaissances et des compétences de ses élèves.

Il sera impératif de mieux comprendre comment la pandémie a affecté les élèves ainsi que les étudiantes et étudiants, en tenant compte de leurs conditions socioéconomiques et de leurs aptitudes afin de pouvoir mieux définir les actions à entreprendre.

Il faudra également agir au pourtour de l’école afin de réduire les inégalités sociales et économiques que la pandémie a aggravées. Puisque la réussite des jeunes est influencée largement par les conditions sociales et économiques dans lesquelles ils vivent, des interventions en dehors de l’école, pour leur offrir un contexte favorable à leur réussite, seront nécessaires.

Révolution numérique accélérée : pour le meilleur et pour le pire

Sans les outils numériques, dans le milieu de l’éducation comme dans d’autres secteurs d’activité, la pandémie et le confinement auraient pris un tout autre visage. La technologie a permis la poursuite des apprentissages des élèves et des classes confinés, la mise en place de journées d’école en alternance au secondaire et l’enseignement à distance synchrone (en direct) ou asynchrone (en différé) dans les cégeps et les universités.

Les changements que cette révolution numérique accélérée a imposés pendant la pandémie pourraient cependant faire naitre de nouveaux enjeux, comme l’augmentation de l’offre de cours en ligne. Alors que cette offre ne représentait, avant la crise, qu’une infime proportion des enseignements proposés, son accroissement pourrait avoir des répercussions importantes sur la pratique enseignante et la précarisation du travail. Plus besoin de lieux physiques, comme des salles de cours, pour enseigner à distance. Le travail peut également être divisé entre plusieurs producteurs de cours.

Au Québec, cet enjeu pourrait faire craindre une compétition accrue entre les établissements d’enseignement. Sans compter qu’une offre de cours en ligne pourrait devenir synonyme de marchandisation et de privatisation de l’éducation.

La formation à distance n’est que l’arbre qui cache la forêt de la révolution numérique en éducation. Cette révolution soulève d’autres enjeux : par exemple, la valeur du diplôme obtenu ici par rapport à celle d’un diplôme obtenu en ligne dans une prestigieuse université étrangère, la place des entreprises dans l’éducation ou encore l’augmentation des écarts de réussite selon les capacités à se payer du tutorat privé à distance.

Un espace de réflexion s’avère nécessaire pour éviter une compétition malsaine et pour mieux évaluer les répercussions sur la réussite étudiante et sur le travail du personnel de l’éducation. Aussi, comme l’utilisation des outils numériques n’est pas près de disparaitre, il serait bien de s’assurer qu’elle vise le renforcement du tissu social plutôt que son éclatement.


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