Olivier Blais : interprète en langage des signes

« Mon travail, c’est un peu comme si j’allais à l’école tous les jours sans jamais avoir d’examens », rigole Olivier Blais.

En tant qu’interprète en langue des signes québécoise (LSQ)-français, Olivier Blais est la courroie de transmission entre les élèves sourds ou malentendants et la matière transmise en classe, que ce soit la comptabilité, le théâtre ou la physique. Une profession qu’il entend bien faire connaitre ‒ et défendre ‒ en s’impliquant syndicalement.

Déjà intéressé par les langues, Olivier Blais découvre la LSQ alors qu’il travaille comme étudiant dans un restaurant. « Il y avait des clients sourds, et je voulais communiquer avec eux, se rappelle-t-il. Je suis donc allé sur Internet et j’ai appris différents signes en lien avec l’alimentation. » Un coup de cœur!

Au détour d’un cours à option pendant son baccalauréat en sexologie, Olivier Blais décide de suivre cette voie. Il s’inscrit au Programme communication et études sourdes du cégep du Vieux Montréal, une attestation d’études collégiales (AEC). Il découvre alors un univers riche et une langue imagée.

« Plusieurs de nos enseignants étaient eux-mêmes sourds, si bien qu’ils étaient accompagnés d’interprètes LSQ-français. C’est en les voyant travailler que j’ai eu le déclic », témoigne Olivier Blais.

Un touche-à-tout

Depuis 2016, l’interprète joue lui-même ce rôle au Centre collégial de soutien à l’intégration de l’ouest du Québec. Même si ce service est affilié au cégep du Vieux Montréal, le jeune homme peut accompagner les étudiantes et étudiants sourds ou malentendants qui en font la demande aussi bien pour l’enseignement collégial qu’universitaire.

Olivier Blais accompagne ces élèves directement en classe. Il s’installe devant leur bureau et interprète la matière en simultané, ainsi que les questions des élèves ou encore les vidéos présentées lorsqu’elles ne sont pas sous-titrées. Vu que la matière est ardue dans les cours au Cégep et à l’université, les interprètes travaillent alors en duo et alternent pendant la classe.

Pendant la pandémie, Olivier Blais a effectué son travail en ligne. Il devait se brancher sur Zoom ou Teams avec l’élève, et le cours en LSQ apparait dans l’écran de ce dernier. Pour le contenu en mode asynchrone, il effectue aussi des captations qu’il achemine ensuite à l’étudiante ou l’étudiant.

Musicien à ses heures, chanteur classique de formation et passionné des langues, le jeune homme, pour qui le travail d’interprète est taillé sur mesure, cultive des intérêts multiples. Son horaire peut l’amener à toucher tant les arts que les sciences ou l’histoire. Avec, chaque fois, un champ lexical et des concepts à démystifier. Un défi, puisqu’on ne se présente pas en classe de chimie sans en avoir compris les bases!

« Notre horaire comprend un pourcentage d’heures consacrées à la préparation. Pour nous familiariser avec la matière, nous demandons donc au prof de nous fournir du matériel, comme les documents à l’étude, les livres ou les liens vers les vidéos ou les films présentés en classe », explique Olivier Blais. Il peut même se retrouver dans des cours de langue étrangère, comme le coréen, en étant jumelé avec un preneur de notes qui maitrise cette langue.

Interprète et conseiller exécutif

En décembre 2019, Olivier Blais a été nommé conseiller exécutif au Syndicat des interprètes professionnels (SIP-CSQ) affilié à la Fédération du personnel de soutien de l’enseignement supérieur (FPSES-CSQ).

« Mon rôle consiste à conseiller les membres. J’ai la liberté de choisir différents dossiers et de me former sur certains sujets spécifiques pour que les travailleurs puissent se référer à moi s’ils ont des questions ou vivent des enjeux. »

Pour le moment, Olivier Blais aimerait mettre à profit ses connaissances en sexologie et se spécialiser sur des sujets comme le harcèlement ou la diversité sexuels au travail. Son apprentissage a toutefois été ralenti par la COVID-19. « Je n’ai pas encore de rôle précis, car je suis toujours en apprentissage », précise-t-il toutefois.

Cela dit, sa motivation reste intacte.

« Avant cet emploi, je n’avais pas réalisé qu’il y avait des gens derrière pour défendre nos droits, que rien n’est acquis. Maintenant, je sais que, sans le syndicat, je n’aurais peut-être pas les mêmes conditions de travail. »

Cette implication lui permettra de faire connaitre sa profession et de travailler à la reconnaissance du travail d’interprète, ajoute Olivier Blais. « Et c’est avec le syndicat que c’est possible. » Une lutte dans laquelle il a hâte de se plonger entièrement!


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