Violence conjugale : de la maison jusqu’au travail

Pour plus de la moitié des personnes qui en sont victimes, la violence conjugale se poursuit en milieu de travail.

Au Canada, une travailleuse sur trois a déclaré avoir été victime de violence conjugale1. Conséquence des rapports inégaux présents dans la société entre les hommes et les femmes, cette problématique ne concerne pas que la sphère privée. Toutes et tous, nous devons agir, même au sein de nos milieux de travail!

Qu’est-ce que la violence conjugale?

Qu’elle se manifeste sous forme de violence psychologique, verbale, économique, physique ou sexuelle, la violence conjugale s’installe parce que l’agresseur veut exercer un contrôle, une domination sur l’autre. Ce n’est pas une perte de contrôle de sa part, mais bien la mise en place de stratégies qui visent à exercer un contrôle et à avoir un pouvoir sur l’autre.

Il ne faut pas croire que le tout disparait lorsque la femme franchit le pas de la porte du domicile. Pour plus de la moitié des victimes de violence conjugale, cette dernière se poursuit en milieu de travail2 et cette intrusion est signe d’une escalade des violences et de danger imminent pour la victime.

Pour l’agresseur, le milieu de travail représente un moment où il peut facilement localiser sa victime, ce qui la rend vulnérable. Elle doit se rendre à un endroit connu de l’agresseur, et ce, pour une durée précise. Il sait qu’elle doit être à son poste, qu’elle doit répondre au téléphone, qu’elle sera alerte aux courriels, aux textos qu’elle reçoit. Il est facile de la suivre, de la traquer et de la harceler à proximité de son lieu de travail, de venir sur les lieux de travail ou encore de contacter collègues ou employeur.

Des mesures doivent être mises en place pour diminuer la vulnérabilité de la victime et lui assurer, à elle et ses collègues, une sécurité au travail.

Des conséquences au travail

Même si l’agresseur ne poursuit pas les violences lorsque la victime est au travail, la violence conjugale n’est pas sans conséquences sur la travailleuse et sa prestation de travail.

Les épisodes de violence vécus à la maison peuvent entrainer des retards, et même des absences. De plus, le stress que subit la victime peut avoir une incidence sur le rendement au travail, entrainer des difficultés de concentration et représenter des risques importants d’accident du travail. L’équipe peut avoir à compenser la baisse de rendement de la victime, ce qui peut aussi amener une surcharge de travail chez les collègues.

Bref, la violence, malgré qu’elle ne soit pas matériellement présente au travail, amène des répercussions auxquelles l’employeur doit porter attention.

L’employeur doit agir!

Le projet de loi no 59 prévoit l’ajout d’une obligation explicite de l’employeur en matière de violence conjugale et familiale à l’article 51 de la Loi sur la santé et la sécurité du travail.

Selon cette obligation, l’employeur doit agir avec diligence dans le milieu de travail afin d’identifier et de contrôler les risques liés à la violence conjugale au travail, et d’éliminer les possibilités que des manifestations de violence conjugale puissent se produire au travail ou à proximité. Ces mesures ont pour objectif de protéger autant la victime de ces violences que l’ensemble du personnel.

Ainsi, à la suite de l’adoption du projet de loi no 59, l’employeur devra mettre en place une politique qui visera trois objectifs : le signalement de la violence conjugale; l’information; et la formation du personnel à ce sujet.

L’obligation de l’employeur s’applique lorsqu’il sait ou devrait raisonnablement savoir qu’une personne est victime de violence conjugale.

Bien que cette politique vise le signalement de la violence conjugale, la victime n’a en aucun cas l’obligation d’informer l’employeur de sa situation. En tout temps, le droit à la vie privée doit être respecté dans cette démarche.

Exemples de mesures individuelles :

  • Modifier l’horaire, le lieu de travail;
  • Changer le numéro de téléphone, l’adresse courriel, ou instaurer un système de filtration des appels;
  • Ne pas laisser la victime travailler seule, assurer un accompagnement jusqu’à sa voiture ou l’arrêt d’autobus;
  • Contrôler l’accès au milieu de travail.

Quel rôle pour le syndicat?

Pour qu’une telle politique puisse avoir du succès, l’engagement patronal et syndical doit être de la partie. De plus, le traitement des dossiers et les suivis doivent se faire dans le respect, la confidentialité, et avec diligence.

Le rôle du syndicat dans ce dossier en est un de vigilance, d’ouverture et de soutien. Par rapport à l’employeur, le syndicat doit collaborer à la démarche de mise en place d’une politique de travail en matière de violence conjugale et s’assurer qu’elle répond aux besoins de ses membres.

L’ajout de nouvelles clauses à la convention collective peut être négocié afin de préserver le lien d’emploi de la victime, puisque ce dernier est essentiel à la démarche pour sortir de la violence conjugale.

Exemples de principes à ajouter à la convention collective :

  • Protection contre les mesures disciplinaires;
  • Protection du lien d’emploi;
  • Protection de la vie privée;
  • Congés rémunérés (pour les rendez-vous et dates de comparution).

Par rapport aux victimes, le syndicat doit demeurer attentif aux signes de violence conjugale et veiller à ce que la prise en charge d’une victime se fasse de manière appropriée. La méthode S.É.C.U.R.E.3 (voyez l’encadré à ce sujet) peut être utilisée pour recevoir les confidences d’une victime, tout en redirigeant cette personne vers les ressources externes spécialisées qui sont les mieux placées pour la soutenir.

Finalement, le syndicat peut parler et dénoncer la violence conjugale afin que la tolérance zéro s’installe dans le milieu de travail. Lorsqu’une victime comprend que, dans le milieu où elle se trouve, elle est entourée d’alliées et d’alliés, il peut être plus facile pour elle de se confier.

Qu’est-ce que la méthode S.É.C.U.R.E.?

Cet acronyme rappelle les comportements à adopter lorsqu’on reçoit les confidences d’une victime de violence conjugale.

SÉCURITÉ de la victime en premier lieu. Elle a confiance en vous.

ÉCOUTEZ-LA, ne la jugez pas et ne lui dites pas quoi faire. Respectez son rythme, sa volonté et ses choix.

CROYEZ-LA et centrez-vous sur ce qu’elle vous dit. Faites-lui confiance; c’est son vécu.

UTILISEZ les ressources d’aide disponibles. Répondez à son besoin de trouver des solutions.

RASSUREZ-LA, montrez-vous disponible pour lui parler et l’accompagner. Dites-lui qu’elle n’est pas responsable des violences subies.

ENCOURAGEZ-LA afin qu’elle ne se sente pas seule. Soutenez-la lorsqu’elle parle de sa situation.


1 WATHEN, C. N., J. C. D. MACGREGOR et B. J. MACQUARRIE (2014). Peut-on être en sécurité au travail quand on ne l’est pas à la maison? : premières conclusions d’une enquête pancanadienne sur la violence conjugale et le milieu de travail, London, Université Western Ontario et Congrès du travail du Canada.
2 BOYER, C., et L. CHÉNIER (2015). La violence familiale et le rôle de l’employeur, Conference Board du Canada.
3 LA BOUÉE (2018). La violence conjugale : les conséquences directes et indirectes de la violence conjugale coutent aux employeurs canadiens 77,9 millions de dollars par an!, Lac-Mégantic.


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