Le bienêtre du personnel enseignant mis à rude épreuve

S’ils pouvaient revenir en arrière, près de la moitié des enseignantes et enseignants du Québec ne choisiraient pas cette profession. Pourquoi?

C’est précisément 46 % du personnel enseignant québécois qui regrette son choix de carrière, révèle une enquête internationale réalisée par le Réseau Éducation et Solidarité, une association professionnelle qui rassemble 40 organisations à travers le monde.

Plus de 8 000 enseignantes et enseignants du Québec, de la France, de la Belgique, du Maroc, de la Gambie et du Mexique ont été questionnés sur des sujets touchant leurs conditions de travail, l’équilibre entre leur vie professionnelle et leur vie privée, leur santé physique et mentale, et leur expérience des soins de santé dans leur pays.

Au Québec, 2 349 membres de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ), de la Fédération des enseignantes et enseignants de cégep (FEC-CSQ), de la Fédération du personnel de l’enseignement privé (FPEP-CSQ) et de l’Association provinciale des enseignantes et enseignants du Québec (APEQ) ont participé à cette enquête menée en mai et juin 2021.

Un regret qui augmente avec les années

Le malaise des enseignantes et des enseignants québécois relativement à leur choix de carrière s’accentue légèrement avec l’ancienneté, selon les données tirées de l’enquête.

À l’affirmation « Si c’était à refaire, je choisirais le métier d’enseignant », 44 % des personnes sondées ayant cumulé plus de 30 ans d’expérience ont indiqué ne pas être d’accord ou pas du tout d’accord, comparativement à 41 % pour les travailleuses et les travailleurs ayant moins de 5 ans d’ancienneté.

Le sentiment de regret par rapport au choix de carrière est encore plus important en France, où 58 % des enseignantes et enseignants affirment qu’ils ne choisiraient pas cette profession.

Si c’était à refaire, je choisirais le métier d’enseignant.

Données pour le Québec selon le nombre d’années d’ancienneté

Comparaison internationale

Du personnel enseignant satisfait malgré tout

Pourtant, la majorité des enseignantes et enseignants québécois (71 %) indique que le travail dans l’enseignement lui donne satisfaction. En France, cette proportion chute à 51 %, tandis qu’au Mexique, c’est plutôt 90 % du personnel enseignant qui se dit satisfait.

Le sentiment d’être valorisé par la direction et la hiérarchie (72 %) peut expliquer cette satisfaction. Au Québec, la valorisation se manifeste concrètement par le fait que la majorité du personnel enseignant est informé à l’avance des décisions importantes (57 %) et que les décisions importantes se prennent en équipe (75 %).

Si le personnel enseignant se sent valorisé au travail, c’est toutefois peu le cas à l’extérieur des établissements scolaires. En effet, 91 % partagent l’impression que leur profession est peu valorisée dans la société. Cette proportion s’élève à 97 % en France et à 98 % en Belgique. C’est en Gambie que le personnel enseignant se sent le plus valorisé (51 %).

J’ai l’impression que la profession est valorisée dans la société.

Anxiété, dépression et désespoir au rendez-vous

Cette enquête sur la santé et le bienêtre des enseignantes et enseignants révèle un niveau inquiétant d’anxiété, de dépression et de désespoir, particulièrement en début de carrière : près de la moitié du personnel ayant moins de cinq ans d’ancienneté dit éprouver fréquemment des sentiments négatifs. Cela est moins fréquent avec le temps et l’expérience, alors que 29 % du personnel ayant plus de 30 ans d’ancienneté disent éprouver de tels sentiments.

Le contexte de la pandémie n’est certainement pas étranger à ce phénomène. Au moment de l’enquête, en mai et juin 2021, environ 70 % des enseignantes et enseignants affirmaient que leur travail était assez ou très stressant depuis le début de l’année scolaire.

La violence aussi présente

La violence à l’école constitue également un élément inquiétant pour la santé du personnel. Au total, 27 % des personnes sondées affirment avoir subi de la violence au cours des 12 derniers mois, et plus de la moitié (54 %) dit avoir été témoin d’actes de violence au cours de la même période.

Cette violence émane principalement des élèves, selon 18,5 % des enseignantes et enseignants, et des parents d’élèves, d’après 7,8 % du personnel interrogé, et les formes de violence les plus fréquentes sont :

  • Les insultes et l’agression verbale : 33 % (élèves) et 27 % (parents);
  • La diffamation et les insultes indirectes : 21 % (élèves) et 25 % (parents);
  • Les menaces : 14 % (élèves) et 10 % (parents);
  • L’humiliation : 10 % (élèves) et 19 % (parents).

La santé et le bienêtre prendront-ils du mieux?

Cette enquête menée auprès du personnel enseignant est la première du genre à être réalisée par le Réseau Éducation et Solidarité. La prochaine est prévue en 2023.

Pour consulter les résultats complets de l’enquête, rendez-vous sur le site du Réseau Éducation et Solidarité.


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