Élèves allophones : quand la concertation entre profs accélère les apprentissages

Récipiendaire de la bourse Laure-Gaudreault 2022 pour son projet de recherche, Pascale Rousseau souhaite, par son travail, favoriser l’intégration des élèves allophones en classe ordinaire au secondaire et soutenir les enseignantes et les enseignants dans leurs tâches.

C’est avec bonheur que Pascale Rousseau a appris qu’elle recevait la bourse Laure-Gaudreault de la CSQ. « En plus du montant de 3 000 dollars qui y est associé, j’y ai vu surtout une reconnaissance de la pertinence de mon sujet de recherche », souligne la doctorante en Linguistique — Didactique des langues à l’Université Laval.

Avec son projet de recherche, elle souhaite notamment favoriser l’intégration des élèves allophones en classe ordinaire. « Il y a une présence grandissante des élèves issus de l’immigration qui sont intégrés dans les classes ordinaires en dehors des grands centres, explique-t-elle. Parce qu’ils ne maitrisent pas la langue d’enseignement, cela représente de grands défis pour ceux qui doivent apprendre simultanément une nouvelle langue et des contenus disciplinaires, mais également pour les enseignants qui, au sein d’une même classe, doivent répondre aux besoins spécifiques des élèves. Plusieurs enseignants finissent par éprouver un sentiment d’impuissance. »

Des interventions concertées

L’objectif du projet de recherche de Pascale Rousseau : mesurer les effets d’une intervention concertée, portant sur le vocabulaire, entre un enseignant de sciences et un enseignant de français langue seconde sur les connaissances lexicales des élèves afin de favoriser leurs apprentissages en sciences.

« Les jeunes allophones doivent apprendre à la fois la langue de communication, soit celle de tous les jours, et la langue scolaire, qui est beaucoup plus abstraite et qui représente la langue des apprentissages disciplinaires. Pour aider les allophones à mieux comprendre celle-ci, l’enseignant en sciences pourra, par exemple, enseigner le vocabulaire propre à sa discipline, mais également guider l’enseignant de francisation dans le choix de mots et de concepts à travailler au préalable de son cours de sciences », explique Pascale Rousseau, qui a elle-même enseigné le français langue seconde, principalement au secondaire, pendant 17 ans.

Une phase test en 2023

Pascale Rousseau
Crédit photo : Simon Clark

Cette concertation entre membres du personnel enseignant est présente dans certains milieux scolaires, mais elle est peu documentée. Une lacune que veut corriger la chercheuse. « Le projet devrait me permettre d’identifier des stratégies d’enseignement simples à mettre en place qui pourraient être bénéfiques pour l’ensemble des élèves, pas seulement pour les allophones », dit-elle.

Pascale Rousseau travaille actuellement à la recension des écrits. « C’est important de voir ce qui se fait ailleurs pour l’inspiration et pour s’appuyer sur des données probantes. Il y a des initiatives intéressantes qui ont été expérimentées aux États-Unis, en Afrique du Sud, en Australie de même qu’au Canada. »

Elle prévoit commencer la phase d’expérimentation à l’automne 2023 au centre de services scolaire de la Capitale, à Québec. « Dans un premier temps, je veux mesurer les connaissances lexicales des élèves tant allophones que francophones afin de comparer les résultats à la suite des interventions concertées des enseignants, précise-t-elle. Je prévois travailler avec un groupe contrôle et deux groupes expérimentaux. »

Pascale Rousseau a mis sa carrière d’enseignante entre parenthèses le temps de décrocher son doctorat. Une décision murement réfléchie. « Pour moi, c’est une façon de faire de la formation continue. Mon but, c’est de contribuer à l’avancement des connaissances pour soutenir les enseignants dans leurs efforts pour mener tous les jeunes vers la réussite », résume-t-elle.


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