Le renouveau syndical au Congo

Grâce au soutien d’organisations syndicales, dont la CSQ, des enseignantes et enseignants de la République démocratique du Congo (RDC) se réunissent pour discuter des problèmes qu’ils rencontrent et trouver des solutions.

Répondant à une demande de syndicats de l’éducation de la RDC, la CSQ s’est jointe à un syndicat suédois, Lärarförbundet, et à l’Internationale de l’Éducation afin de mettre sur pied un projet de cercles d’étude dans les établissements scolaires.

Le modèle des cercles d’étude s’inspire de la pédagogie de la libération, développée par Paolo Freire au Brésil, et de l’arbre à palabres africain (lieu de rassemblement), un modèle qui ramène aux racines du syndicalisme où des travailleuses et des travailleurs décident de s’unir pour faire face aux difficultés qu’ils rencontrent.

Ce projet de cercles d’étude en RDC a débuté en 2017 et a été implanté en 3 phases dans 270 écoles de 9 régions du pays. Pour faire un suivi de ce projet et voir comment il avait survécu à la pandémie et à la fermeture des écoles, la CSQ s’est rendue en RDC en mai 2022.

Des discussions qui font avancer les choses

Dans la ville de Bandundu, où les cercles d’étude ont été implantés dans la première phase du projet en 2017, les enseignantes et enseignants se sont entendus avec les autorités régionales de l’éducation et les chefs d’établissement afin de pouvoir se réunir dans les écoles.

« Nous discutons d’une foule de sujets, comme le pouvoir d’achat, le paiement des salaires, les mesures disciplinaires, le fonctionnement du syndicat. On réussit à régler beaucoup de problèmes sociaux, affirme Placide Mambuve, enseignant et responsable syndical. Dans les écoles conventionnées catholiques, par exemple, des enseignants ont été congédiés pour des problèmes d’immoralité, parce qu’ils avaient deux femmes. Grâce aux discussions que nous avons eues dans les cercles d’étude, nous avons réussi à démontrer que, dans certains cas, il s’agissait de fausses accusations, et les enseignants ont pu réintégrer leur poste. Dans les autres cas, on a obtenu qu’ils soient mutés. »

Des salaires impayés

Un problème vécu par le personnel enseignant : le versement des salaires. Cela peut prendre des mois, voire des années, avant que les enseignantes et enseignants nouvellement embauchés, appelés les nouvelles unités (NU), reçoivent leur première paie. Ce problème a été discuté dans tous les cercles d’étude, qui ont fait part de ce problème au niveau national et envoyé la liste des NU qui ne recevaient pas de salaire. Avec la pression venant de plusieurs régions du pays, les syndicats nationaux ont pu obtenir une entente avec le gouvernement pour que les NU commencent enfin à être payées.

Des classes pléthoriques comptant entre 80 et 100 élèves

En octobre 2021, la formation d’animatrices et d’animateurs a permis d’ajouter au projet 3 nouvelles régions, à Lubumbashi, à Kolwezi et à Kisangani. Dans les cercles d’étude de ces régions, le principal sujet de discussion concernait l’implantation en 2019 de la gratuité dans les écoles primaires au Congo.

Si tout le monde s’entend pour dire que la gratuité est une bonne chose et qu’elle a permis à de nombreux enfants, surtout des filles, d’avoir accès à l’éducation, la manière de procéder a entrainé beaucoup de problèmes, notamment parce que le gouvernement congolais n’a pas construit de nouvelles écoles pour accueillir ces nouveaux élèves.

Dans une classe qui comptait déjà 50 élèves, 30 à 50 nouveaux élèves ont été ajoutés. « C’est catastrophique pour les jeunes qui présentent un retard scolaire, affirme une enseignante. Comment voulez-vous que je m’occupe des 89 élèves de ma classe! »

« La qualité de l’éducation a beaucoup souffert depuis l’implantation de la gratuité, confirme une autre enseignante. On manque de matériel, les élèves s’entassent à trois ou quatre par pupitre, il n’y a pas suffisamment de cahiers scolaires. Il n’y a pas d’ordinateurs ni d’imprimantes pour les enseignants. »

Des primes inégales

Un autre problème important concerne la prime de la gratuité versée aux enseignantes et enseignants des écoles primaires. Avant 2019, les parents payaient des frais pour envoyer leurs enfants à l’école publique, c’est ce qui était appelé « la motivation des enseignants ». Pour remplacer ces frais payés par les parents, le ministère de l’Éducation octroie une prime. Ce qui constitue une bonne idée, à première vue, l’est moins dans l’optique où cette prime varie selon les écoles.

Ainsi, dans les établissements dits « de prestige », les enseignantes et les enseignants reçoivent une prime mensuelle de 200 000 francs congolais (100 dollars américains), tandis que dans les autres écoles, le personnel reçoit plutôt 30 000 francs congolais (15 dollars américains).

« Nous avons tous la même formation, nous faisons tous le même métier, nous devrions recevoir la même prime », affirme un enseignant.

Pour un syndicalisme plus fort

Le projet de cercles d’étude en RDC a permis aux trois syndicats de l’éducation du pays participant de consolider leur base syndicale, d’accroitre le nombre de personnes militantes et d’améliorer le dialogue social dans les régions.

Les syndicats ont développé une meilleure écoute de la part des autorités régionales du ministère de l’Éducation, qui ne les perçoivent plus seulement comme des organisations ne pensant qu’à faire des grèves. Les autorités constatent, au contraire, que les syndicats sont en mesure de proposer des solutions concrètes en vue d’améliorer la qualité de l’éducation.


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