Quand la politique n’a pas d’âge

Ils n’avaient pas 35 ans lors de leur élection à la tête de leur ville. Pourtant, ces jeunes ne manquent pas de sagesse, de vision ni de leadeurship. Portrait d’une mairesse et de deux maires dans la force de l’âge, qui ont décidé de s’impliquer pour faire bouger les choses.

Un vent de jeunesse a soufflé sur le Québec lors des élections municipales 2021. La campagne Ose le municipal lancée par l’Union des municipalités du Québec pour encourager les jeunes à s’impliquer en politique municipale y est peut-être pour quelque chose : à travers la province, 1 089 jeunes âgés de 18 à 34 ans se sont portés candidats pour un poste de conseiller municipal et 62 pour celui de maire. De ces nombres, plus de la moitié se sont fait élire (665 conseillers municipaux et 33 maires).

CSQ Le Magazine a rencontré 3 jeunes qui occupent le siège de mairesse ou de maire depuis le 7 novembre 2021 afin de discuter d’implication politique et d’engagement.

Sébastien Marcil

SÉBASTIEN MARCIL, MAIRE DE SAINT-ROCH-DE-L’ACHIGAN

En 2017, Sébastien Marcil quitte la ville de Québec et son emploi de conseiller aux communications au cabinet du chef de l’opposition officielle à l’Assemblée nationale à la recherche d’une vie plus tranquille pour sa jeune famille. Après avoir visité plusieurs villes et villages au nord de Montréal, il a un « coup de foudre instantané » pour Saint-Roch-de-l’Achigan.

Passer à l’action

Deux ans après son arrivée, il devient porte-parole d’un groupe de citoyens opposés à l’aménagement d’un aérodrome dans leur village de 5 500 âmes. « Cela m’a propulsé à l’avant-scène de la mobilisation citoyenne », se rappelle-t-il. Grâce notamment à son leadeurship et à son expérience dans le domaine des communications, le néo-Achiganois contribue à bloquer le projet. Sans le savoir, il venait de faire ses premiers pas en politique municipale.

En 2021, plusieurs citoyennes et citoyens de la petite municipalité de Lanaudière l’approchent pour lui proposer de se présenter comme maire. Il n’en fallait pas plus à celui qui travaillait alors comme attaché de presse à la CSQ pour le convaincre de se lancer. « À l’ère des changements climatiques, on se questionne beaucoup sur la forme que doit prendre l’aménagement du territoire. Nous, les jeunes générations, si ça nous interpelle, nous devons passer à l’action », clame le maire qui dit porter des valeurs héritées de la CSQ, telles que l’environnement, l’égalité hommes-femmes, le développement social, l’éducation et la réussite scolaire, entre autres.

Le 7 novembre 2021, Sébastien Marcil est élu avec plus de 82 % des votes, devenant à 34 ans le plus jeune maire de l’histoire du village. « On a dû informatiser le poste de maire en achetant un ordinateur », évoque non sans un sourire dans la voix celui qui détient un baccalauréat en études politiques appliquées de même qu’un diplôme d’études supérieures spécialisées (DES) en gestion publique.

« Le municipal est un palier formidable pour passer à l’action. On est capable de changer les choses très rapidement, contrairement au provincial parfois. » – Sébastien Marcil

Changer le cours des choses

Le fait d’être un jeune élu et de « ne pas être natif de la place » amène son lot de défis, admet-il. « J’ai le sentiment parfois de devoir travailler deux fois plus pour démontrer mes capacités, mais en même temps j’ai un appui très solide de la part de la population. »

Son expérience en politique provinciale lui donne un bon coup de main dans ses nouvelles fonctions de maire, selon lui. « Le municipal est un palier formidable pour passer à l’action, dit-il. On est capable de changer les choses très rapidement, contrairement au provincial parfois. »

La motivation de s’impliquer en politique municipale provient d’ailleurs d’un profond désir d’engagement. « J’ai toujours eu besoin d’emplois qui m’interpellent dans mes valeurs et qui m’amènent le sentiment de changer le monde un peu, confie-t-il. En additionnant chaque geste, parfois on a l’impression d’avoir changé le cours des choses. »

Catherine Fournier

CATHERINE FOURNIER, MAIRESSE DE LONGUEUIL

C’est lors de ses études au cégep, à l’âge de 19 ans, que Catherine Fournier a commencé à s’intéresser à la politique et à militer pour le Parti Québécois et le Bloc québécois. « Je voyais la politique comme étant une façon non seulement de m’impliquer dans ma communauté, mais aussi de participer à défendre les grandes idées pour la société, comme un moyen de changer les choses très concrètement », dit celle qui détient un baccalauréat en sciences économiques avec une mineure en science politique.

Penser globalement, agir localement

En 2016, la jeune femme alors âgée de 24 ans est élue députée dans la circonscription de Marie-Victorin, devenant la plus jeune femme députée de l’histoire de l’Assemblée nationale du Québec.

Cinq ans plus tard, elle se présentait à la course à la mairie de Longueuil. « Je me suis dit : si on réussit à faire des avancées à Longueuil dans les grands enjeux nationaux qui m’ont toujours intéressée, que ce soit la confiance envers nos actions démocratiques, la lutte contre les changements climatiques ou le logement, je pense que ça va avoir des effets à l’échelle du Québec. J’essaye de mettre en application le fameux dicton penser globalement, mais agir localement », soutient l’autrice de L’audace d’agir, un livre publié en 2017 qui appelle sa génération, les millénariaux, à s’engager.

« Je voyais la politique comme étant une façon non seulement de m’impliquer dans ma communauté, mais aussi de participer à défendre les grandes idées pour la société. » – Catherine Fournier

Une question de temps

Catherine Fournier a appris « sur le tas » que l’organisation d’une campagne électorale dans une grande ville comme Longueuil exige énormément de temps et d’argent. « Je suis partie de rien », précise-t-elle pour souligner l’ampleur de la tâche. Un défi que la politicienne a relevé haut la main en se faisant élire à 29 ans, décrochant du coup le titre de « plus jeune mairesse de l’histoire de Longueuil ». Si son âge n’a pas représenté un obstacle lors de la campagne, selon elle, c’est probablement parce qu’elle s’implique en politique depuis déjà six ans. « Les gens me connaissent depuis un certain nombre d’années. Ils voient que je suis capable de livrer la marchandise, que je fais avancer les dossiers », spécifie-t-elle.

Pour elle, le temps est son principal obstacle. Être à la tête de la cinquième plus grande municipalité au Québec vient avec une liste infinie de tâches et un horaire atypique qui pourraient engloutir tout son temps personnel. La mairesse reconnait que sa conciliation travail-vie personnelle représente un défi de tous les jours. « J’essaye de mettre des limites, même si c’est un peu dans ma personnalité de vouloir accepter tout ce qui passe. C’est ça qui est difficile quand on fait un travail qui est aussi sa passion », conclut-elle.

Michaël Pilote

MICHAËL PILOTE, MAIRE DE BAIE-SAINT-PAUL

Depuis l’adolescence, Michaël Pilote n’a jamais cessé d’enchainer les implications. Son engagement bénévole a d’ailleurs été reconnu en 2013 alors qu’il a reçu la Médaille du Lieutenant-gouverneur pour la jeunesse. Se présenter comme conseiller municipal pour sa ville natale en 2017 allait donc de soi, même s’il n’avait que 24 ans à l’époque. « Je me suis toujours impliqué. Pour moi, aller en politique, c’était une continuité. »

D’une génération à l’autre

Lorsque l’ancien maire de Baie-Saint-Paul, Jean Fortin, a annoncé sa retraite en 2021 après 9 mandats, le jeune conseiller municipal et infirmier clinicien de profession s’est mis à réfléchir à la possibilité de le remplacer. Ce fut finalement une course à la mairie à deux entre lui et le conseiller municipal Luc A. Goudreau, un retraité. Les premières semaines de la campagne électorale, la question de l’âge était sur toutes les lèvres dans leur municipalité d’un peu plus de 7 000 habitants. « Les gens disaient que j’étais trop jeune et qu’il fallait que je fasse mes preuves avant d’occuper ce poste-là », se souvient-il.

Mais le détenteur d’un baccalauréat en soins infirmiers et d’une maitrise en administration publique a vite gagné la confiance de la population. « Plus la campagne avançait, moins j’entendais parler de mon âge. Autant c’était un boulet au début, autant j’en entendais parler de façon positive à la fin », poursuit-il. Résultat : le Baie-Saint-Paulois âgé de 28 ans a remporté l’élection avec plus de 86 % des voix.

« Les jeunes peuvent surprendre. On n’est pas parfait. On va frapper des coups de circuit et des mauvaises balles, mais on est capable d’avoir toute une moyenne au bâton! » – Michaël Pilote

Faire confiance aux jeunes

Aujourd’hui, Michaël Pilote ne se fait plus parler de son âge. « Les gens ont appris à me faire confiance », assure-t-il. Après plusieurs mois en poste, le maire sent qu’il s’est approprié les dossiers, mettant celui du développement responsable de la ville en tête de liste. « Actuellement, il y a énormément de projets à Baie-Saint-Paul, explique-t-il. Les gens viennent cogner à notre porte et ils demandent des réponses rapides. Mais je veux qu’on prenne le temps de réfléchir pour bien faire les choses. »

Ce que Michaël Pilote retient de son expérience en politique municipale jusqu’à présent, c’est qu’il faut faire confiance à la relève. « Les jeunes peuvent surprendre », affirme-t-il en poursuivant avec une métaphore de baseball. « On n’est pas parfait. On va frapper des coups de circuit et des mauvaises balles, mais on est capable d’avoir toute une moyenne au bâton! »


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